lundi 23 avril 2018

La Pratique de la Méditation par Khenchen Thrangu Rinpoché

Motivation, position et technique mentale correcte pour la pratique de la méditation

Khenchen Thrangu Rinpoché 

En mai 1996, le Très Vénérable Khenchen Thrangu Rinpoché a donné une série d’enseignements sur la pratique de la méditation. Le premier enseignement de cette série a été publié dans notre dernier numéro. Ce qui suit est la transcription des enseignements que Rinpoché a donné dans la matinée du 25 mai. Ces enseignements furent traduits oralement par le lama Yeshe Gyamtso.

Je voudrais tous vous remercier d’être venu ici par intérêt pour le dharma, en général, et pour la méditation et le vajrayana dharma, en particulier. S’intéresser à la pratique de la méditation et à l’étude du vajrayana est extrêmement bénéfique et utile car, en général, tout ce qu’il y a de bon dans la vie humaine et tout ce qui permet, dans le contexte de la vie humaine, d’être réellement bénéfiques pour les autres et d’affecter positivement les autres vient de la culture du dharma, en général, et plus particulièrement de la pratique de la méditation. Maintenant, en accord avec la coutume de notre tradition, la Karma Kagyu, je voudrai chanter la supplication à la lignée. La supplication particulière à la lignée est utilisée dans tous les centres de pratique, tibétains et outremer, de notre tradition, et, est en fait, également utilisée par les pratiquants individuels. La raison en est que cette liturgie particulière fut composée par Jampal Zangpo qui était un disciple du Sixième Gyalwa Karmapa, Tongwa Donden, et le gourou-racine du Septième Gyalwa Karmapa, Chotrag Gyamtso. Penkar Jampal Zangpo vécu pendant dix-huit ans sur une île dont il était le seul habitant. Il vécu dans une grotte sur cette île. Et la grotte se situait au milieu d’un lac, dans le Tibet septentrional, appelé le lac du Ciel ou Namtso. Et pendant les dix-huit années qu’il vécu là, il se consacra entièrement à la méditation sur le Mahamoudra, dont il obtint une réalisation décisive. A la fin de ces dix-huit années de retraite, il composa cette supplication à la lignée et, en conséquence, nous considérons qu’elle incarne le résultat de toute son expérience. Et nous estimons qu’elle possède une grande bénédiction. Faites de même s’il vous plaît, en vous remémorant sa signification et avec confiance. (Chant).

Que nous pratiquions le dharma du vajrayana, que nous l’écoutions ou l’enseignions, nous avons besoin d’être animés d’une motivation pure pour y parvenir. Une motivation pure se réfère ici à la bodhichitta. Nous avons tous franchi la porte du dharma authentique, donc, en général, nous n’avons pas une motivation négative et nous sommes très fortunés d’avoir cette motivation qui est la nôtre, de pratiquer le dharma. Mais, en même temps, comme nous sommes des gens ordinaires, il arrive que notre motivation devienne quelque peu impure. Il est alors nécessaire de se tourner vers l’intérieur, d’examiner vraiment notre motivation, et de voir ce qu’il en est. Si votre motivation est bonne et authentique, vous devriez vous en réjouir et faire en sorte qu’elle s’accroisse. En revanche, si vous voyez que votre motivation est négative, qu’elle repose sur une fixation sur le moi, etc., alors, laissez-là s'en aller et générez une motivation pure. Générer consciencieusement une motivation pure, ça peut vous sembler artificiel au début mais sur le long terme ça n’a rien d’artificiel parce qu’en cultivant cela, graduellement ça deviendra réel et part intégrante de vous-même. Et ici, par motivation pure, nous voulons dire l’attitude que vous adoptez dans la pratique ou l’étude pour que cela bénéficie à tous les êtres. Parce que nous avons l'habitude depuis des temps sans commencement de nous fixer sur un moi, il nous est naturel, quand notre motivation nous lâche, de désirer que notre propre bonheur et notre avantage personnel soient notre vœu ou notre but principal. Ce n’est pas spécialement une mauvaise motivation, c’est seulement une motivation étroite ou étriquée. Le champ limité de cela, "le souhait de ne bénéficier qu'à vous- même, caractéristique, dans le meilleur des cas, d’un plus petit véhicule", n’est pas assez vaste, pas assez grand pour servir la motivation correcte à l’entraînement du bodhisattva du mahayana. Maintenant, si vous reconnaissez que c’est votre motivation, encore une fois, abandonnez sa qualité auto-obsessionnelle et générez l’intention de faire bénéficier tous les êtres qui remplissent l’espace de ce que vous faites. Cette motivation qui consiste à souhaiter pratiquer et étudier pour le bénéfice de tous les êtres sans exception est un genre de bodhichitta ou d’esprit éveillé.

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vendredi 20 avril 2018

Chant d'invocation d'Avalokiteshvara - selon la pratique du village des Pruniers

Notre Terre, les animaux, les plantes, les minéraux et la famille des êtres humains endurent beaucoup de souffrance. Pour ceux qui souhaitent générer l'énergie de la compassion, nous vous proposons la pratique de l'invocation du nom d'Avalokitesvara. Nous pouvons aussi étendre notre bonté-aimante envers tous les êtres des six royaumes d'existence.

 


L'invocation de l'énergie du Boddhisattva de la Compassion, Avalokitesvara, chantée par la Sangha du village des pruniers
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Explications données par Thich Nhat Hanh sur sa signification
(source : Camino, mon chemin spirituel, Militer, Méditer  et Agir)

En audio, traduction de l'explication donnée le 31 déc 2012

Traduction et transcription par Pháp Thân de l'enseignement donné le 8 Août 2011 en anglais.
Bonsoir chers amis, chère Sangha. Bienvenue à notre retraite sur le thème 'éveiller le coeur.' C'est un moment heureux, parce que nous avons l'opportunité d'être ensemble pour plusieurs jours, pratiquant ensemble et partageant ensemble.
Nous commencerons par la pratique du chant et de l'écoute. Les monastiques vont chanter le nom du bodhisattva Avalokita. Avalokita est une personne qui a la capacité d'écouter, d'écouter profondément et avec compassion. Et il sait comment écouter sa propre souffrance, la souffrance en lui. Il n'avait pas peur de sa souffrance intérieure, alors il pratiquait l'écoute profonde de la souffrance en lui. Et grâce à cette pratique profonde, il a compris la nature de cette souffrance. La souffrance à l'intérieur de nous reflète toujours la souffrance du monde, et si nous regardons profondément la souffrance du monde, nous pouvons voir aussi notre propre souffrance réfléchie en elle.

Beaucoup d'entre nous ne veulent pas être en contact avec la souffrance intérieure. Nous essayons d'échapper à notre propre souffrance, nous n'aimons pas la toucher, et nous essayons de couvrir la souffrance intérieure avec la consommation. Nous écoutons la musique, nous lisons des magazines, nous regardons la télévision, nous prenons la voiture et sortons, nous faisons tout afin d'échapper à notre souffrance, de couvrir la souffrance intérieure. Et c'est pour cela que nous n'avons pas une chance.

Avalokita a eu cette chance parce qu'il était capable de rentrer en lui, d'être en contact avec la souffrance intérieure et de l'écouter profondément. La compréhension et la compassion s'élèvent de cette pratique d'écoute à la souffrance intérieure. Et quand la compréhension de la souffrance s'élève, il y a la transformation, la libération, et nous souffrons moins. Nous nous sentons plus léger, nous nous sentons guéris. Donc la pratique de l'écoute de notre propre souffrance est très cruciale pour la transformation et la guérison. Et après cela, il était capable de regarder les autres personnes, et de voir la souffrance en elles. Et il était capable de comprendre aisément la souffrance dans les autres personnes, dans les autres gens. Sa façon de les écouter, sa façon de les regarder était pleine de compassion et cela les faisait se sentir beaucoup mieux, et il pouvait aider les autres personnes à revenir à leur propre souffrance et à l'écouter et à obtenir la même sorte de transformation et guérison.

Alors quand les monastiques chantent le nom d'Avalokita, ils n'essayent pas vraiment de prier au bodhisattva. Ils pratiquent comme des bodhisattvas. Namo Valokiteshvaraya. Ils rentrent en eux et touchent la souffrance intérieure, parce que les monastiques ont leur propre souffrance intérieure, réfléchissant la souffrance extérieure aussi.

À chaque fois, ils chantent le nom trois fois. Durant le premier temps de chant, ils essayent de revenir en eux et écoutent et touchent la souffrance à l'intérieur d'eux. Et durant le temps du chant, Namo Valokiteshvaraya, ils font seulement cela. Et quand ils chantent le nom d'Avalokita pour la deuxième fois, ils focalisent leur attention sur la souffrance des autres personnes, les personnes en face d'elles, les personnes autour d'elles, que ces personnes soient dans la salle ou pas dans la salle, ils rentrent en contact avec la souffrance à l'intérieur de cette personne, et ils commencent à voir la souffrance à l'intérieur d'elle, et écoutant avec compassion la souffrance dans cette personne, le processus de guérison, de transformation, commence avec cette sorte d'écoute à la souffrance intérieure et extérieure. Et quand ils chantent le nom d'Avalokita pour la troisième fois, ils focalisent leur attention sur le monde. Il y a beaucoup de souffrance dans le monde, il y a beaucoup de points douloureux : la guerre, la séparation, la violence, la discrimination, la tuerie, la destruction de l'éco-système. Donc durant le troisième temps du chant, ils entrent en contact avec cela, ils écoutent cette souffrance, et quand nous écoutons le chant, nous joignons la pratique. Nous ne sommes pas des observateurs, nous sommes des participants.


Pendant ces 3 phases, on ne demande pas quelque chose mais on fait naître la compassion (ajout par Voie Eveillée du Coeur selon l'enseignement de Thay du 31/12/13).

On peut être assis relaxés, nous nous autorisons à être pleinement présents dans l'ici et maintenant, on peut focaliser notre attention sur l'inspiration et l'expiration, et autoriser notre corps à se relaxer. De cette façon, nous autorisons l'énergie collective du chant à pénétrer dans notre corps, nous devenons perméables, parce que durant le temps du chant, la Sangha génère une sorte d'énergie collective de pleine conscience et de compassion, et si autorisons l'énergie collective de pleine conscience et de compassion à pénétrer dans notre corps, alors nous pouvons être capables de relâcher les tensions et de réduire la douleur qui est dans notre corps.

Il y a des tensions dans notre corps, et il y a aussi des douleurs dans notre corps, et si nous savons comment autoriser notre corps à se relaxer, l'énergie collective de la Sangha sera capable de pénétrer. Et en quelques minutes, on se sent mieux. Nous pouvons relâcher les tensions, et nous pouvons aussi réduire la quantité de douleur dans notre corps. Nous ne devons rien faire, nous nous autorisons simplement à être pleinement présents dans l'ici et maintenant, et nous autorisons notre corps à se relaxer. Donc ceci est l'art d'écouter. Nous stoppons nos pensées. Nous nous autorisons à être dans l'ici et maintenant et à nous relaxer, c'est notre pratique.

Et si nous avons des douleurs, des peines, des peurs, de la colère dans notre cœur, nous pouvons ouvrir notre cœur afin que l'énergie collective de la Sangha puisse pénétrer et aider à réduire cette quantité de souffrance en nous. Nous disons : 'Chère Sangha, voici ma douleur, voici mon désespoir, voici ma colère. S'il te plaît, aide, reconnaît et embrasse les pour moi. Je prends refuge dans la Sangha.' Et si nous pouvons ouvrir notre cœur et autoriser la Sangha à embrasser avec son énergie collective la douleur en notre coeur, nous nous sentirons mieux après quelques minutes d'écoute. C'est très guérissant. Nous pouvons obtenir un soulagement seulement après quelques minutes de pratique de l'écoute. Cela marche toujours. Et si nous avons quelqu'un qui est proche de nous, qui souffre maintenant, qui n'a pas pu venir à la retraite, nous pouvons très bien lui envoyer cette énergie, seulement en pensant à cette personne, et l'appelant soudainement par son nom, et cette énergie sera envoyée à cette personne juste ici dans le moment présent, et chez elle, elle se sentira mieux.

Écouter la souffrance est une pratique très profonde et efficace dans la méditation bouddhiste. Autorisons nous à être pleinement présent dans l'ici et maintenant, stoppons nos pensées, asseyons nous d'une manière relaxée, et ensemble, produisons l'énergie collective de la pleine conscience, du chant, et de l'écoute, afin que la guérison commence à prendre place.

dimanche 8 avril 2018

La Méditation Samatha par Ajan Brahmavamso

 Le texte suivant a été extrait d'un exposé donné préalablement à une veillée de méditation d'une nuit entière durant laquelle les méditants ont l'occasion de développer la concentration et d'apprendre à son sujet.

Résultat de recherche d'images pour "Ajahn Brahmavamso" La méditation samatha vise à calmer l'esprit, calmer les activités corporelles, calmer la parole et calmer les activités de l'esprit. C'est plutôt intéressant de noter que lorsque l'on est confronté à une situation de retraite, on cherche une activité : assis pour méditer, on cherche des choses à faire, des choses pour occuper l'esprit plutôt que d'être simplement paisible et silencieux.

Il est très facile de voir que si mon propre esprit pense d'une certaine manière, mon corps agit en conséquence. C'est une réflexion très utile parce que ça signifie qu'il y a plus d'une manière de calmer l'esprit. Plutôt que de le calmer simplement par la méditation formelle, on peut pratiquer samatha en maîtrisant la parole et les actions dans sa vie quotidienne. Si l'on est capable de se maîtriser dans ces situations – qu'il s'agisse de nettoyer, de laver, de marcher, d'aller et venir – alors, quand le moment est arrivé de s'asseoir les jambes croisées sur le coussin de méditation, il est beaucoup plus aisé de maîtriser les activités de l'esprit. Pour développer samatha, tout d'abord emparez vous de la respiration – ainsi vous pouvez la voir. Pour y arriver, vous devez restreindre d'autres activités, les choses qui viennent dans l'esprit et qui vous arrachent à votre objet de méditation – qu'il s'agisse de pensées ou de plans, de sentiments de souffrance dans le corps, vous devez retenir votre esprit de rejoindre ces choses et rester avec la respiration. Une fois que vous pouvez voir la respiration clairement, alors vous pouvez vraiment la calmer et trouver quel effort est nécessaire pour la rendre douce et légère et l'esprit paisible. C'est la première pratique de l'anapanasati traditionnel.

Vous avez peut-être remarqué que, chaque fois que l'esprit est calme, le corps ne vous pose pas tant de problèmes. Si vous pouvez entrer dans un état d'esprit calme rapidement lorsque vous vous commencez par vous asseoir pour méditer – alors que le corps est détendu, avant que les genoux ne commencent à faire mal et que le dos ne soit douloureux – alors le corps ne vous dérangera pas pendant tout le reste de la méditation. Donc, calmez le corps avant toute chose et ensuite, passez à la respiration et emparez-vous d'elle où qu'elle soit. Peu importe où la respiration se trouve – où se situe la sensation – où que ce soit, voyez-la là, saisissez-la et ne la laissez pas disparaître. C'est un effort - réaliser quelque chose ou se diriger vers quelque chose, faire quelque chose, plutôt que de simplement lâcher prise trop vite et ne rien faire – plutôt que de simplement regarder l'esprit vagabonder ici et là et partout, la pratique, ce n'est vraiment pas cela. Calmer l'esprit avant toute chose est un pré-requis pour l'apparition de toute sagesse.

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lundi 19 mars 2018

"La prière qui apaise les souffrances" par Pema Wangyal Rinpoche

Le pouvoir de la prière : transformer les poisons mentaux et enrayer ainsi la souffrance

Chacun sait que deux personnes sensibles peuvent communiquer mentalement lorsqu’elles sont « en phase ». La prière procède de ce plan subtil. Qu’elle prenne la forme de mots, de mantras chantés ou de silence, d’une simple pensée ou d’un souhait émis du fond du coeur, elle puise son pouvoir dans les profondeurs de l’esprit. Plus ce dernier se rapproche de sa simplicité naturelle, plus le pouvoir dynamique et l’efficacité de la prière augmentent. L’état dans lequel se trouve l’esprit influence profondément l’action. Multiplier les pensées positives permet de transformer ce qui est négatif.

Prier en utilisant des mantras transmis par les êtres éveilles véhicule une grande force, car chaque syllabe, chaque mot, chaque phrase, et même leur mélodie sont consacrés par de puissantes bénédictions.

A quoi sert la prière ? Elle est d’une aide précieuse lorsqu’on souhaite la disparition de la souffrance. On a sans peine une conscience aiguë de la souffrance dès que celle-ci se manifeste ouvertement ; il est alors naturel de désirer sa disparition. Mais l’important est d’en reconnaître les causes et de souhaiter qu’elles aussi s’effacent au plus tôt. A l’origine de l’absence générale de sécurité dans le monde se trouvent les cinq poisons de l’esprit. Extérieurement, ils provoquent toutes sortes de catastrophes ; intérieurement, ils engendrent des perturbations mentales. La prière a le pouvoir d’apaiser ou de transmuer ces poisons et d’enrayer ainsi la souffrance.

Quatre grands fleuves de souffrance et autres fléaux
Les enseignements du Bouddha parlent de quatre grands fleuves de souffrance qui emportent les êtres : la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. Chacun traverse ces quatre expériences au cours de son existence.

En Occident, la naissance n’est généralement pas considérée comme une expérience négative. Pourtant, ay regarder de plus près, il est difficile de nier les sensations douloureuses que la plupart des êtres rencontrent au cours de la période périnatale. La première angoisse est de trouver une matrice. Ensuite, pour réussir à se maintenir neuf mois dans ce refuge, il faut avoir établi dans les vies passées un rapport étroit avec sa future mère, ce qui n’est pas simple. La troisième étape, celle du travail et de la naissance, est le plus souvent vécue comme une souffrance intense, tant pour la mère que pour l’enfant ; le choc est d’ailleurs si violent que la conscience préfère l’oublier.

Le deuxième grand fleuve de souffrance est la maladie. Toute pathologie revêt un aspect général lie a ses causes, les émotions perturbatrices, et des aspects particuliers liés à ses effets. Le trait principal de la maladie consiste dans la difficulté de trouver rapidement des remèdes efficaces.

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lundi 12 mars 2018

"L’illusion de l’ego" par Matthieu Ricard

Dés ma première rencontre avec des sages de la tradition du Bouddhisme tibétain, j’ai été frappé par le fait qu’ils manifestaient d’une part une grande force intérieure, une bienveillance sans faille et une sagesse à toute épreuve, et d’autre part une complète absence du sentiment de l’importance de soi. J’ai moi-même observé à quel point l’identification à un « moi » qui siégerait au cœur de mon être est une source de vulnérabilité constante, et que la liberté intérieure qui naît d’un amenuisement de cette identification est une source de plénitude et de confiance sans égale.

Comprendre la nature de l’ego et son mode de fonctionnement est donc d’une importance vitale si l’on souhaite se libérer des causes intérieures du mal-être et de la souffrance. L’idée de se dégager de l’emprise de l’ego peut nous laisser perplexe, sans doute parce que nous touchons à ce que nous croyons être notre identité fondamentale.

Nous imaginons qu’au plus profond de nous-mêmes siège une entité durable qui confère une identité et une continuité à notre personne. Cela nous semble si évident que nous ne jugeons pas nécessaire d’examiner plus attentivement cette intuition. Pourtant, dès que l’on analyse sérieusement la nature du « moi », l’on s’aperçoit qu’il est impossible d’identifier une entité distincte qui puisse y correspondre. En fin de compte, il s’avère que l’ego n’est qu’un concept que nous associons au continuum d’expériences qu’est notre conscience.


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lundi 5 mars 2018

"Le Son du Silence" par Ajahn Sumedho

Dans la vie quotidienne ordinaire, le silence est quelque chose qui n’intéresse personne.

On considère plus important de réfléchir, de créer, de faire des choses — autrement dit, de « remplir » le silence. En général nous écoutons un son, de la musique, des paroles mais pensons que dans le silence il n’y a rien à écouter. Quand personne ne sait quoi dire dans une réunion, les gens sont gênés, le silence met mal à l’aise.

Pourtant des concepts comme le silence et la vacuité nous montrent une direction à suivre, une chose à observer, car la vie moderne a fait éclater le silence et démolir l’espace. Nous avons créé une société dans laquelle nous sommes sans cesse actifs, nous ne savons pas nous reposer, nous détendre, ni même simplement être. Notre vie est bousculée, notre cerveau brillant s’ingénie à trouver des moyens de nous faciliter la vie et pourtant nous sommes toujours épuisés. Des gadgets sont censés nous faire gagner du temps, nous permettent de tout faire en appuyant simplement sur un bouton, les tâches ennuyeuses sont confiées à des robots et des machines — mais que faisons-nous du temps ainsi gagné ?

Il semble que nous ayons toujours besoin de faire quelque chose, de nous agiter, de remplir le silence de bruit et l’espace de formes. La société met l’accent sur le fait d’avoir une vraie personnalité, d’être quelqu’un capable de prouver sa valeur. C’est la course au plus fort, le cycle incessant qui nous stresse. Quand nous sommes jeunes et que nous avons beaucoup d’énergie, nous apprécions les plaisirs de la jeunesse comme la bonne santé, l’amour, l’aventure etc. Mais tout peut s’arrêter d’un jour à l’autre, du fait d’un accident ou si nous perdons un être particulièrement cher. Ce qui nous arrive alors peut faire que tous les plaisirs des sens, la bonne santé, la vigueur, la beauté, la personnalité, l’admiration des autres, ne nous procurent plus aucun plaisir. Nous pouvons aussi devenir amers parce que nous n’avons pas atteint le degré de plaisir et de succès que, selon nous, la vie aurait dû nous accorder. Alors il faudra sans cesse faire nos preuves, être « quelqu’un » et obéir à toutes les exigences de notre personnalité.

La personnalité est conditionnée par le mental. Nous ne sommes pas nés avec une personnalité. Pour devenir une personnalité nous avons dû réfléchir et nous concevoir comme étant quelqu’un. Quelqu’un de bon ou de mauvais ou un mélange de toutes sortes de choses. La personnalité est basée sur la mémoire, sur la capacité à se souvenir de notre histoire, d’avoir une opinion sur nous-mêmes — nous nous trouvons beau ou laid, aimable ou pas, intelligent ou idiot — et ce regard peut changer selon les situations. Par contre, en développant l’esprit contemplatif, nous pouvons voir au-delà de ces images. Nous faisons l’expérience de l’esprit originel, de la conscience avant qu’elle soit conditionnée par la perception.

Si nous essayons de penser à cet esprit originel, nous serons piégés par nos facultés analytiques. Il faudra donc observer et écouter plutôt qu’essayer de découvrir comment « s’éveiller ». Méditer pour s’éveiller ne fonctionne pas non plus, parce que, tant que nous essayons d’obtenir un résultat, nous créons un « moi » qui n’est pas éveillé à cet instant.


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lundi 26 février 2018

"Le Pardon" par Matthieu Ricard

A un niveau personnel, non seulement on peut toujours pardonner, mais on doit le faire. Beaucoup sont réticents au pardon du mal fait à autrui, pourtant il faut l’envisager en termes d’harmonie sociale. La société n’a nul besoin d’une absolution teintée d’indulgence, d’insouciance, ou pire encore, entachée d’une ambigüité qui confine à l’approbation. Un tel pardon laisse la porte grande ouverte à la répétition des atrocités. La société a besoin de pardonner afin d’éviter que ne se perpétuent la rancune, l’acrimonie et la haine qui vont inévitablement mûrir et se traduire par de nouvelles souffrances. La haine ravage nos esprits et ruine la vie des autres. Pardonner signifie briser le cycle de la haine.

Un individu, comme une société, peut tomber sous son emprise, mais ce sentiment n’est pas inéluctable et peut disparaître de l’esprit de l’homme : voyez comme une rivière polluée peut retrouver sa pureté initiale et son eau redevenir potable. Sans la possibilité d’un changement intérieur, l’humanité se trouverait prisonnière de l’enchaînement du mal, du désespoir et des défaites sans fin, qu’elle s’infligerait à elle-même. Un proverbe bouddhiste dit : “Le seul aspect positif du mal réside dans le fait qu’il peut être purifié.” Si l’on se transforme réellement, le pardon qui vous est accordé n’est pas indulgence à l’égard des fautes passées, mais reconnaissance de ce changement. La notion de pardon est intimement liée à l’idée de transformation.

Du point de vue bouddhiste, au tréfonds de l’homme réside la bonté fondamentale, même chez le criminel. On compare souvent cette réalité à un lingot d’or gisant sous des immondices. En enlevant la saleté, on ne la nie pas mais on en dégage l’or pur.

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lundi 19 février 2018

"Lâcher prise sur la souffrance' par Ajahn Thiradhammo

Pour la plupart des gens, le changement est une chose difficile. Pour ceux qui font preuve de sagesse, le changement est un défi. Une situation nouvelle suscite souvent de la peur en nous, peur de la perte, ou peur de l’inconnu, ou peut-être la résistance, ou le besoin de se défendre. Bien sûr, ces réponses ne sont pas plaisantes, elles peuvent même être douloureuses, mais la personne sage voit cela comme une splendide opportunité pour la pratique : là où il y a la douleur on s’accroche, on s’attache, et notre pratique est d’apprendre à lâcher prise.

Souvent, pourtant, ce lâcher prise a l’air d’être quelque chose d’ordinaire et de confortable, bien sûr ! Laissez simplement être ! Mais c’est un lâcher prise superficiel : laisser aller quand cela nous plaît ! Un vrai méditant sait que se détacher vraiment n’arrive qu’avec la souffrance. La souffrance met l’accent sur notre attachement, l’endroit même où ce laisser-aller a lieu.

A cause de l’irritation naturelle que le changement provoque ordinairement en nous, on a tendance à construire notre monde sur quelque prétention de stabilité et de sécurité ; on dit « prétention de stabilité et sécurité », car, si on y regarde de plus près, on voit qu’on ne peut jamais échapper au changement. Ainsi, quelqu’un a observé en plaisantant : « On peut obtenir une assurance contre la vieillesse, la maladie et la mort, mais c’est seulement un contrat avec le temps, pas avec la vérité ! » Et la même chose s’applique aussi à notre sens de soi : s’accrocher est notre assurance contre « les blessures de notre ego », mais cela est seulement un contrat avec le temps et non avec la vérité. La vérité est au-delà du temps et au-delà d’un sens de soi. Plutôt que de courir partout pour trouver stabilité et sécurité, notre pratique est d’apprendre à rester tranquille et à voir clairement la vérité du changement.



source : http://www.buddhaline.net/Lacher-prise-sur-la-souffrance

lundi 12 février 2018

"Entraîner l’humanité vers l’avant " par Matthieu Ricard

Maria Shriver : De quelle façon la compassion peut-elle changer le monde d’aujourd’hui, selon vous ? Est-ce que nous en avons besoin plus que jamais ?

Matthieu Ricard : L’un des problèmes principaux à notre époque est de réconcilier les exigences de l’économie, la recherche du bonheur et le respect de l’environnement. Ces impératifs correspondent en fait à trois échelles de temps : court, moyen et long terme.

La compassion - l’intention d’éliminer la souffrance d’autrui ainsi que ses causes - si on l’associe à l’altruisme, c’est à dire au souhait d’apporter du bien-être aux autres, est le seul concept unificateur qui nous permette de trouver notre voie au sein de ces préoccupations si complexes. Si nous avons plus de considération pour les autres, nous avancerons vers une économie qui prend soin d’autrui. Nous aurons le souci d’améliorer les conditions de travail, la vie familiale et sociale ainsi que beaucoup d’autres aspects de notre existence, et nous nous sentirons concernés par le sort des générations futures.

Pour que les choses changent vraiment, osons adopter l’altruisme ! J’ose dire que l’altruisme véritable existe, qu’il peut être cultivé par chacun d’entre nous et que l’évolution des cultures peut favoriser son expansion. Il pourrait être enseigné à l’école, comme un outil précieux susceptible d’aider les enfants à développer leur capacité naturelle à la gentillesse et à la coopération. L’économie ne peut pas se contenter d’écouter seulement la voie de la rationalité et de l’intérêt personnel, elle doit aussi écouter celle du souci de l’autre et la donner à entendre. Osons prendre sérieusement en compte le sort des générations futures et changer notre façon d’exploiter la planète aujourd’hui, car ce sera celle qu’elles habiteront demain ! J’ose dire que l’altruisme n’est pas un luxe mais une nécessité !


Maria Shriver : Votre livre Plaidoyer pour les animaux déclare que la compassion pour tous les êtres est une obligation morale. Comment le fait de ressentir cette compassion améliore-t-il les relations d’un individu avec les autres et avec le monde qui l’entoure ?


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mercredi 24 janvier 2018

Enseignement donné par Vénérable Robina Courtin à l'Institut Vajra Yogini

Enseignement donné par Vénérable Robina Courtin à l'Institut Vajra Yogini (http://www.institutvajrayogini.fr) - du 26 déc 2017 au 1er janvier 2018

Voici le lien pour voir tous les enseignements qui passent en revue de manière très claire et concrète toutes les bases du bouddhisme  : https://www.youtube.com/playlist?list=PLtQXPI5D49iQpYR7lSE0mjZuxj-962N7V

lundi 25 décembre 2017

« Sagesses Bouddhistes » du 03 10 09 Les Vœux du bodhisattva (1) Invité : Roland Rech

S.B. : Bonjour à tous, nous sommes très heureux de vous retrouver ce dimanche matin pour une nouvelle émission de Sagesses Bouddhiste, une émission que nous consacrons aujourd’hui ainsi que la semaine prochaine aux deux premiers vœux du bodhisattva dans le Zen.
En effet, ces êtres qui se vouent à l’obtention de l’Eveil dans le seul but de soulager les autres êtres de la souffrance s’engagent à respecter un certain nombre des recommandations proposées par l’éthique bouddhiste. Nous allons nous arrêter dès à présent sur le premier de ces vœux : « si nombreux que soient les êtres je fais le vœu de les libérer tous. » Alors qu’est-ce que cela signifie, quel rôle peut jouer la compassion et quelles qualités développer plus précisément ? Nous allons poser toutes ces questions à notre invité Roland Rech. Roland Rech bonjour.
Roland Rech : Bonjour.

S.B. : Vous êtes un disciple de Maître Deshimaru, vous êtes vous-même moine zen et vous enseignez depuis une trentaine d’années au dojo de Nice, mais aussi au temple zen de la Gendronnière et je précise aussi que vous dirigez également des sesshin tout au long de l’année un peu partout en Europe. Merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui.
Roland Rech, tout d’abord, est-ce que vous pouvez nous expliquer tout d’abord l’importance des vœux du bodhisattva dans le zen ? Quelle place est-ce que ça a ?

R. R. : Les vœux sont l’expression de la sagesse et de l’éveil réalisés dans la pratique de zazen dans la vie quotidienne, c’est la manifestation de notre réalisation. Donc faire ces vœux c’est à la fois expression et c’est en même temps le test de là où nous en sommes de notre propre réalisation, est-ce que nous sommes véritablement en harmonie avec ce que nous réalisons dans notre méditation, est-ce que nous avons réalisé un certain niveau d’éveil ? La vérification de là où nous en sommes c’est la façon dont notre éveil se manifeste en relation avec les autres et dans les phénomènes de la vie quotidienne à travers notamment l’expression des quatre vœux du bodhisattva.

S.B. : Justement quels sont-ils ces quatre vœux ?

R. R. : Les quatre vœux du Bodhisattva sont d’abord : « Aussi nombreux que soient tous les êtres sensibles, je fais le vœu de les libérer tous ou de les sauver tous. Ensuite aussi nombreuses que soient les passions, ou les attachements, ou les causes de souffrance, c’est un peu la même chose, je fais le vœu de les résoudre toutes. Ensuite aussi nombreux que soient les enseignements du Bouddha, je fais le vœu de les acquérir. Et enfin, aussi parfaite que soit la Voie de Bouddha, la Voie de l’Eveil donc, je fais le vœu de la réaliser. »

S.B. : Très bien. Nous allons nous attarder aujourd’hui sur le premier de ces vœux. Alors : « si nombreux que soient les êtres je fais le vœu de les libérer tous. » Tout d’abord, qui sont ces êtres, Roland Rech ?

R. R. : "Tous les êtres", ça a deux sens. Tout d’abord, ça veut dire pas seulement les êtres humains, mais tous les êtres sensibles, c’est-à-dire tous les êtres qui ont une naissance et une mort, une sensibilité et donc qui transmigrent dans ce qu’on appelle le samsara, c’est-à-dire les six mondes de transmigration, donc ce sont aussi bien les êtres humains mais aussi les animaux. Et puis dans le bouddhisme on croit qu’il y a d’autres êtres sensibles, c’est-à-dire des êtres qui vivent dans les enfers, les esprits affamés, les déités qui sont soit courroucées, soit des déités qui vivent dans des états extatiques, mais tous ces états de transmigration sont le résultat d’un karma, sont donc impermanents et sont l’occasion de souffrance. Donc tout le sens de la démarche de Bouddha, c’est d’aider tous les êtres à se libérer de ce cycle de la transmigration à cause du karma.

S.B. : Sans aucune discrimination ?

R. R. : Le deuxième sens de "tous les êtres", c’est que ce n’est pas limité aux êtres humains, mais surtout ce n’est pas limités aux êtres pour qui nous éprouvons une sympathie naturelle. Il est relativement facile d’avoir de la compassion et de la bienveillance pour nos parents, pour nos enfants, pour les êtres que nous aimons en général, auxquels nous sommes attachés, c’est plus difficile de le faire pour les êtres qui nous sont indifférents, des inconnus, et encore bien plus difficile pour des gens qui nous ont causé du tort, qui nous ont causé des souffrances et vis-à-vis desquelles on risque d’avoir des réactions au contraire agressives et pas très compatissantes.
Tous les êtres, ça veut dire ne plus être soumis à l’esprit de discrimination, avoir l’esprit large, l’esprit vaste de Bouddha, qui a cette capacité d’englober tous les êtres et toutes choses dans le même vœu de bienveillance et de compassion.

S.B. : "Je fais le vœu de les sauver tous." Est-ce qu’il y a une notion de salut dans le bouddhisme ? Qu’est-ce que ça veut dire : c’est le nirvana, la libération, la fin de la souffrance ?

R. R. : Oui, ces trois expressions que vous venez d’employer veulent toutes dire la même chose. En fait ça veut dire tout simplement réaliser l’éveil, nirvana veut dire extinction des causes de la souffrance, c’est à dire principalement de l’avidité, de la haine et de l’ignorance. Ce n’est donc pas un lieu dans lequel on va pénétrer après la mort si on a eu une pratique juste, c’est plutôt un état d’être ici et maintenant, une manière d’être dans ce samsara qui fait qu’on peut être au milieu des illusions, au milieu des causes de la souffrance sans en être trop affecté pour nous-mêmes, et en même temps rester disponible pour les autres. Alors extinction des causes de souffrance, nirvana, c’est ce qu’on appelle le salut effectivement.

S.B. : En quoi la compassion est-elle importante dans la pratique en général, et plus particulièrement dans l’application de ce premier vœu du bodhisattva ?

R. R. : Eh bien, parce qu’à travers la compassion se manifeste notre éveil à la vie réelle, c’est-à-dire la vie sans dualité, la vie sans séparation. C’est je crois le cœur même de l’éveil dans le bouddhisme, que de comprendre que la véritable nature de notre existence est d’être en unité avec tous les êtres, d’être interdépendant avec toutes les existences, de ne pas avoir d’existence séparée, par conséquent la souffrance des autres devient ma souffrance, le bonheur des autres devient aussi mon bonheur, donc je me préoccupe de leur bonheur, je suis soucieux de les soulager de leur souffrance et le fait d’être ainsi manifeste l’ouverture du cœur, manifeste un certaine libération intérieure qui nous rend disponible à l’accueil des autres dans l’état où ils sont et quels qu’ils soient.

S.B. : Est-ce qu’il existe des obstacles à cette compassion ?

R. R. : Bien les obstacles à la compassion sont bien évidemment tout ce qui renforce notre égoïsme, notre peur de perdre, d’être endommagé si on se consacre aux autres au lieu de se consacrer à l’obtention de ses objets de désir. En fait le principal obstacle à la compassion c’est soit le non éveil, c’est-à-dire rester très égotique, très attaché à son propre ego, soit une forme d’éveil limité, c’est-à-dire un éveil dans lequel on cherche à se libérer soi-même sans avoir conscience que les autres sont aussi dans la souffrance, et qu’il n’est pas possible finalement d’être libéré tout seul si on est véritablement éveillé, c’est-à-dire si on a ce sens de la non séparation d’avec les autres.

S.B. : Quelles qualités développer pour aller vers cette compassion, cette bienveillance ?

R. R. : Je crois que la principale qualité c’est de développer une très grande sensibilité à ce qui est, ici et maintenant, aussi bien en nous et autour de nous, c’est-à-dire être capable déjà soi-même de percevoir quelles sont les causes de notre souffrance, dans quel état nous sommes, qu’est-ce qui nous fait souffrir et ainsi développer la capacité de se mettre à la place de l’autre, se mettre à la place des autres.

S.B. : L’empathie.

R. R. : L’empathie, voilà.

S.B. : C’est vrai que la peur peut nous faire changer d’esprit et du coup on n’a plus l’esprit pur du bodhisattva qu’on peut avoir au début. Est-ce qu’on peut le retrouver un jour ?

R. R. : Ce qu’il se passe c’est que notre façon de voir le monde, de percevoir ce qu’il se passe autour de nous n’est pas pure, elle est constamment colorée par les souvenirs de nos expériences passées, et ce qui fait, par exemple, que lorsqu’on rencontre quelqu’un ou lorsque l’on vit une situation, on ne se contente pas de rencontrer la personne telle qu’elle est et donc d’être disponible à l’accueillir vraiment telle qu’elle est. Tout de suite une impression surgit en nous, cette personne me rappelle quelqu’un, éventuellement quelqu’un, une personne avec laquelle on a eu des difficultés ou un conflit dans le passé, et immédiatement une émotion, un obstacle apparaît, à être véritablement en empathie avec cette personne parce que je suis parasité par une impression qui n’a rien à voir avec ici et maintenant, ni avec la personne qui est en face de moi. Donc le principal remède à ça c’est d’être capable constamment de percevoir ce qui nous anime et en même de lâcher prise d’avec tout ce qui nous encombre l’esprit, brouille notre conscience et nous empêche donc d’être dans cette ouverture du cœur, cet accueil de l’autre.

S.B. : Est-ce que finalement ce n’est pas un peu utopique de vouloir sauver tous les êtres, on dit je veux sauver tous les êtres ?

R. R. : Bien sûr, c’est utopique si on pense que c’est que "c’est moi qui vais les sauver".

S.B. : Parce que ça renvoie à notre propre ego.

R. R. : Voilà, avec mon propre ego disait le sixième patriarche Eno, je ne peux sauver personne, ce n’est pas moi qui sauve les êtres, c’est la nature de Bouddha qui est en chacun de nous qui sauve réellement les êtres. Alors la compassion qui ne peut pas être séparée de la sagesse consiste d’une part à sentir dans quel état se trouve la personne pour trouver le moyen habile qui va lui permettre d’entrer en contact avec un désir d’éveil, un désir de rechercher la Voie, et ensuite c’est de donner confiance, d’avoir soi-même confiance dans le fait qu’au fond, chacun d’entre nous a déjà la nature d’éveil, et donc peut retrouver cela à condition de pratiquer une forme de méditation telle que le zazen par exemple, qui permet de se dépouiller de tout ce qui nous encombre et nous empêche d’être transparent à sa véritable nature de Bouddha qui au fond est la base même de toutes les existences.

S.B. : La notion de confiance ne doit pas être rapportée à l’ego, c’est ce que vous disiez, être à l’écoute de la nature de Bouddha.

R. R. : Voilà, donc l’ego doit être transparent, l’ego existe toujours c’est un certain sens de notre identité personnelle, mais doit devenir, par la pratique de la méditation transparent à une réalité qui le dépasse infiniment et qui est cette nature de Bouddha qui est la réalité que nous partageons avec tous les êtres.

S.B. : Alors, Roland Rech, est-ce que vous avez des exemples concrets à nous donner de la vie quotidienne qui nous montrent en fait l’application de ce premier vœu du bodhisattva ?

R. R. : Par exemple quelqu’un qui voudrait devenir plus fort ou plus performant dans les arts martiaux. Alors à ce moment là la compassion ça va être dans un premier temps non pas lui dire faut pas chercher à être ,plus fort mais lui dire si vous voulez être véritablement fort alors il faut abandonner la peur, pour abandonner la peur il ne faut plus être attaché à son propre ego, donc il ne faut plus être attaché ni à la victoire ni à la peur de la défaite, donc partir de là où en est la personne et puis l’amener petit à petit à dépasser son désir du moment ou sa peur du moment pour s’éveiller véritablement à un autre niveau, c’est-à-dire vraiment se mettre suffisamment à la place de l’autre pour que ce qu’on lui communique soit recevable, mais ensuite ne pas le laisser juste à ce niveau là.

S.B. : L’accompagner.

R. R. : L’accompagner pour évoluer.

S.B. : Finalement, est-ce que ce premier vœu, ça ne pourrait pas être un vœu de renoncement qui nous oblige à rester dans le samsara ?

R. R. : Ca serait un vœu de renoncement qui nous obligerait à rester dans le samsara si on considère que samsara et nirvana sont deux lieux de mondes séparés, ce que certains bouddhistes pensent, c’est comme être ici bas étant opposé à être dans le royaume des cieux, mais la véritable compréhension du nirvana du point de vue du Grand Véhicule, c’est une certaine manière d’être dans le samsara, et notamment d’y être avec sagesse et compassion, d’y être en harmonie avec la vacuité universelle qui fait que tout ce qui provoque la souffrance, tout ce qui provoque le samsara, l’entraînement dans le cycle de la souffrance est perçu d’un seul coup comme sans substance, et donc devient inoffensif, et donc ne nous fait plus souffrir.
Donc, au contraire, même le fait d’être dans ce monde de souffrance devient l’occasion d’exprimer ce que nous avons réalisé dans la pratique de la méditation, d’exprimer la sagesse, d’exprimer la compassion, de partager l’éveil avec les autres et ça c’est la plus grande joie. C’est ce qui donne un sens à notre vie. Finalement le sens des vœux du bodhisattva c’est vraiment ce que devient le sens de notre vie à partit de l’éveil dans une pratique de méditation qui dans le zen s’appelle zazen, dans d’autres formes de bouddhisme aura un autre nom.

A. G. : Très bien, merci beaucoup Roland Rech.

R. R. : Je vous en prie.

- Retranscription : Claude Hervé
Source : Gyobutsuji Blog Archive

lundi 18 décembre 2017

Conseil spirituel - Extraits de conseils donnés par Gyurmé Dorjé


Minling Terchen Gyurme Dorje 
Les alternances des pensées
De bonheur et de souffrance, de désir et d'aversion
Ne sont, en fait, que la manifestation
De la vacuité lumineuse de l'esprit.
Sans altérer ce qui ainsi s'élève,
Regarde la nature de ce déploiement
Qui sera ainsi perçu en tant que grande félicité.

A présent, alors que tu disposes de cette existence humaine,
Concentre toute ton énergie à la mise en pratique du sublime enseignement.
Il est impossible de mener à bien l'intégralité des tâches,
Et comme de surcroît, il y a tant à faire :
Abandonne simplement toutes ces vaines dispersions.

Quand bien même aurais-tu soumis un ennemi,
Que d'autres surgiront en nombre.
Mieux vaut rompre l'échine de l'unique adversaire :
Le tyran des passions qui domine ton esprit.

Pour l'heure, parents et amis s'entendent bien
Mais ils se fâchent facilement ;
Dans la vie, toutes ces relations humaines
Ne sont souvent que source de tourments.

Il se peut que tu t'enrichisses
Mais en tirer du contentement est chose difficile ;
Savoir trancher le nœud de la cupidité,
Voilà qui serait bien plus essentiel.

Lorsque les amis sur lesquels tu comptais te trompent,
Que ton cœur s'en remette aux indéfectibles Trois Joyaux

Face au désespoir que cause la perte d'un être tant aimé
Comprends clairement la nature ultime du désespoir.
Demeure, avec l'esprit libre et ouvert,
Dans l'espace de lumineuse vacuité,
Inexprimable en mots.

Il est insensé d'entretenir de l'attachement ou de la haine
Envers nos congénères des six mondes,
Avec lesquels nous avons tissé des liens si puissants.
La prise de conscience de l'impartialité n'est-elle pas en elle-même
Libération, grande béatitude ?

A la source du bonheur ou de la souffrance
Se trouve la simplicité naturelle de l'esprit.
Un arc-en-ciel n'altère pas le ciel…
Laisse toute chose dans le vaste espace du détachement.



Extraits de conseils donnés par Gyurmé Dorjé (Minling Terchen, 1646-1714). Traduit par M.Ricard. 
Source : http://www.matthieuricard.org

lundi 11 décembre 2017

"L'idéal du bodhisattva" par Urgyen Sangharakshita

Un jour, comme c'était son habitude, le Bouddha flânait avec quelques-uns de ses disciples dans les profondeurs de la jungle indienne, à l'écart de la chaleur du soleil de midi. Tandis qu'ils marchaient, le Bouddha se pencha et ramassa une poignée de feuilles de simpala. Il ne faisait pas toujours des discours élaborés, et il parlait souvent de façon simple et directe, et à cette occasion, il demanda simplement à ses disciples :
« Dites-moi ce que vous pensez de ces feuilles, dans ma main, sont-elles nombreuses ou non, comparées à celles de la forêt ? »

Les disciples répondirent :
« Bien sûr, en comparaison avec toutes les feuilles de la forêt, celles dans ta main ne sont rien. Il n'y en a qu'une poignée. »

Alors le Bouddha leur dit :
« Il en est ainsi des vérités dont j'ai pris conscience, comparées à celles que j'ai été capable de vous révéler. »

L'élément important n'est pas qu'il y a des vérités que Bouddha se sentait incapable de transmettre, mais qu'il y avait certaines choses qu'il jugeait inapproprié d'enseigner. Et le texte continue et explique pourquoi : parce que ces vérités n'aideraient pas ses disciples à transcender la souffrance et à atteindre l'éveil.

Depuis l'époque du Bouddha, bien sûr, c'est toute une forêt d'écritures qui est sortie de ses enseignements. Mais c'est la même chose : même si ces écritures sont volumineuses, elles ne représentent qu'une fraction des connaissances infinies d'un bouddha.

C'est aussi vrai du sujet de notre étude. L'idéal du bodhisattva est un sujet vaste. C'est l'aspect principal du courant de l'évolution du bouddhisme connu sous le nom de Mahayana, qui s'est épanoui durant une période d'environ 500 ans (de 0 à 500 ans de notre ère), mais qui est encore pratiqué sous de multiples formes différentes, depuis le bouddhisme tibétain au zen. Etudier ce sujet c'est comme mettre la main sur la poitrine du bouddhisme, et en sentir battre le cœur.


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lundi 4 décembre 2017

Matthieu Ricard : "Le secret c'est de savoir gérer les pensées, pas de les arrêter"

Matthieu Ricard, moine bouddhiste, invité de LCI, parle des bienfaits de la méditation sur la santé physique et mentale.Selon lui, il ne sert à rien de s'empêcher de penser. "Le secret c'est de savoir gérer les pensées, non pas de les arrêter, cela ne marche pas de toute façon".


lundi 27 novembre 2017

"Une immense responsabilité : prendre le voeu de bodhisattva" par Chogyam Trungpa Rimpoche

Image associéePrendre le voeu de bodhisattva implique qu’au lieu de se tenir sur son propre territoire, et le défendre bec et ongles, nous nous ouvrons au monde qui nous entoure. Cela signifie que nous voulons prendre une plus grande responsabilité, une immense responsabilité.

En fait, cela veut dire saisir une grande occasion. Mais cette occasion n’est pas l’occasion d’un faux héroïsme, ou d’une excentricité personnelle. C’est une occasion qui a été saisie dans le passé par des millions de bodhisattvas, d’êtres éveillés et de grands enseignants. Une tradition de responsabilité et d’ouverture qui a été transmise de génération en génération ; et maintenant nous aussi nous y participons dans la dignité.

C’est aussi la bonne santé fondamentale de cette tradition qui se manifeste. Ce que nous faisons en prenant ce voeu de bodhisattva est splendide, mais rejoindre cette tradition nous met aussi au pied du mur. Car nous ne pouvons plus nous satisfaire de rechercher notre propre confort ; nous travaillons avec les autres. Cela implique de travailler avec cet autre qui est nous aussi bien qu’avec les autres.

Notre autre, ce sont nos projections, notre sens du territoire, et notre désir que tout soit pour le mieux toujours pour nous. Les autres autres, c’est le monde phénoménal au-dehors, qui est rempli de gamins hurlants, de vaisselle sale, de pratiquants à l’esprit embrouillé, et de toutes sortes d’êtres vivants.

Ainsi, prendre le Voeu du bodhisattva est un engagement réel basé sur la compréhension de la souffrance et de la confusion, notre souffrance et notre confusion comme celles des autres. Le seul moyen de rompre cette réaction en chaine de douleur et de problèmes et de chercher notre chemin au-dehors vers l’esprit éveillé, c’est de prendre la responsabilité de nous-mêmes.

Si nous ne commençons pas par là, rien ne se fera. Nous ne pouvons pas compter sur les autres pour le faire pour nous. C’est notre responsabilité et nous avons l’immense pouvoir de changer le karma du monde. En prenant le Voeu du bodhisattva, nous décidons de ne plus être les instigateurs de plus de chaos et de souffrance dans le monde, mais nous allons en être les libérateurs, les bodhisattvas, travaillant pour nous-mêmes ainsi que pour et avec les autres.

Décider de travailler avec les autres est une aide incroyable. Nous n’essayons plus de bâtir notre propre stature, nous essayons seulement de devenir des êtres humains capables d’aider véritablement les autres, c’est-à-dire en développant cette qualité d’oubli de soi qui manque tant dans notre monde. Suivant l’exemple de Gautama Bouddha, qui abandonna son royaume pour se dédier à tous les êtres, nous pouvons devenir utile à toute la société.

Chacun de nous peut avoir découvert une petite vérité – comme la vérité sur la poésie, ou la vérité sur la photo, ou la vérité sur les amibes - qui peut aider les autres. Mais nous avons tendance à utiliser cette vérité pour nous faire apprécier. Mais travailler juste avec nos petites vérités, petit à petit, est une approche plutôt lâche.

Au contraire le travail du bodhisattva est sans appréciation. Nous pourrions être battu, insulté, ou seulement impopulaire, mais nous demeurerons gentil et désireux de travailler avec les autres. C’est une situation qui ne rapporte strictement rien. Elle est vraiment authentique et très forte.

Entrer dans cette approche Mahayana de la bienveillance signifie abandonner toute notion de possession, de « privé », et développer une vision plus large. Plutôt que nous concentrer sur nos propres petits projets, nous élargissons notre vision pour englober le reste du monde, le reste de la galaxie, tous les univers.

Mettre en pratique une telle vision demande que nous traitions chaque situation avec un esprit clair et soigneux. Afin de lâcher notre égocentrisme, qui limite notre vue et rend nos actions floues, il nous est indispensable de développer notre compassion.
Traditionnellement, cela se fait en développant d’abord la compassion envers nous-même, puis envers une personne proche, enfin envers tous les êtres, même nos ennemis. A ce point, nous pouvons regarder tous les êtres avec les mêmes sentiments que s’ils étaient notre propre mère. Ce n’est pas nécessaire d’attendre d’être comme cela pour faire le premier pas vers l’ouverture et la gentillesse. L’important, c’est que quelqu’un doit faire ce premier pas.

D’habitude, nous sommes dans cette impasse avec notre monde : « Est-ce que je vais attendre qu’il me dise qu’il est désolé, ou bien est-ce que je vais m’excuser près de lui en premier ? » Mais en devenant un bodhisattva, vous brisez cette barrière : nous n’avons pas besoin d’attendre que l’autre fasse le premier geste, nous avons décidé de le faire nous-même.

Des millions de personnes dans le monde souffrent à cause de leur manque de générosité, de discipline, de patience, d’efforts, de méditation et de cette intelligence qu’est prajna. Faire le premier pas en prenant les voeux de bodhisattva ne veut pas dire essayer de convertir les gens à notre point de vue personnel ; mais nous pensons que nous devons apporter quelque chose au monde rien que dans notre façon d’être, par notre gentillesse.


Source : Buddhaline

lundi 20 novembre 2017

"Le paradoxe des «bouddhistes» myanmarais : Les moines tueurs sont en contradiction avec leur religion."Interview de Matthieu Ricard

Moine et interprète du dalaï-lama, Matthieu Ricard ne condamne pas d’emblée le long silence d’Aung San Suu Kyi face au sort réservé aux Rohingyas.Un demi-million de Rohingyas déplacés. Des milliers d’autres tués au nom de l’épuration ethnique. Des moines bouddhistes qui tendent le poing et une lauréate du prix Nobel de la paix outrageusement silencieuse : comment réconcilier ces exactions dans un État qui se réclame du bouddhisme ? Le moine bouddhiste Matthieu Ricard donne les clés pour comprendre.« Il n’y a pas plus de bouddhisme radical qu’il n’y a d’islam radical », martèle Matthieu Ricard, moine et interprète du dalaï-lama, qui s’insurge contre l’assimilation du bouddhisme à la violence qui s’abat sur la minorité des Rohingyas au Myanmar. « Il n’y a rien à réconcilier. Ces moines tueurs, ce sont des gens qui se comportent en opposition totale avec le bouddhisme.

« On peut trouver des ambiguïtés dans les écritures de différentes traditions, et les interpréter de différentes manières, mais dans le bouddhisme, ce n’est pas possible. Car [dans cette religion] il n’y a pas de différence entre tuer quelqu’un dans la vie civile et dans la guerre », insiste l’ex-scientifique, qui a ancré depuis 50 ans sa vie spirituelle et son action dans les contreforts de l’Himalaya.


Tremplin du nationalisme

Instrumentalisée par des mouvements « bouddhistes » ouvertement islamophobes, notamment par le moine Ashin Wirathu, qu’on dit très proche des pouvoirs militaires, la religion sert en sol myanmarais de prétexte à la promotion d’un nationalisme qui s’autorise toutes les violences.

Au Sri Lanka, près de Colombo, le mois dernier, des moines bouddhistes se sont même attaqués à un abri des Nations unies qui abritait des réfugiés rohingyas.

Une « aberration », insiste Ricard. Ces religieux qui prônent la haine vont à l’encontre des fondements mêmes du bouddhisme et « ces moines tueurs ne sont plus moines depuis longtemps ».

« Ils ne devraient pas porter la robe, car sur les 250 voeux monastiques, 4 font que vous perdez automatiquement votre statut [s’ils sont outrepassés], notamment celui d’ôter la vie à un être humain ou d’inciter à ôter la vie, ou de se réjouir du fait que quelqu’un a été tué. »

La non-violence

Face à la politique de persécution poursuivie par le Myanmar, le dalaï-lama a soutenu il y a une dizaine de jours à Pise, en Italie, que si « Bouddha était vivant aujourd’hui, il viendrait en aide aux Rohingyas ».



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dimanche 19 novembre 2017

Premier message d'inspiration pour la Retraite d'Hiver 2017-2018 à la maison

Chères amies, chers amis, qui nous accompagnez dans cette aventure intérieure de la retraite d’hiver chez soi, pour ce premier message, et afin d’être en lien avec le Village, nous devons patienter avant d’aborder le thème des quarante propositions.

Nous vous proposons une réflexion sur le sens de ce que peuvent être les frontières lorsque nous ne bénéficions pas de cette aide que procurent les frontières géographiques. Pour la plupart d’entre nous, il est impossible de se retirer du monde .

En effet dans notre vie familiale, professionnelle, associative et notre environnement, nos sens sont continuellement sollicités. Nos six sens vont nous guider dans nos choix de consommation, nos décisions ; ce sont les portes d’entrée de la représentation que nous nous faisons de notre monde, mais ce n’est pas et de beaucoup la totalité du monde. Les astrophysiciens estiment ne connaître au mieux que 5 % de l’univers, nous ne faisons vraisemblablement pas mieux dans notre propre univers.

Nos frontières vont être les « filtres » que nous installerons aux portes d’entrée des six sens.

De quels outils disposons nous pour ces filtres ?

Les enseignements bouddhistes et plus particulièrement ceux de Thay nous offrent de nombreuses pistes de pratique et de réflexion.


Pratiquer en Sangha


Si nous avons la chance de pouvoir pratiquer en Sangha, nous pouvons cultiver cette intention d’avoir une belle et généreuse Sangha en s’appuyant et en relisant le document « Qu’est-ce qu’une Sangha du Village des Pruniers ?».

Comment pouvons-nous ensemble favoriser et développer l’harmonie dans la Sangha, en pratiquant le lâcher prise (l'un des sept facteurs d'éveil) et la non-poursuite (l'une des trois portes de la libération), tout en gardant notre profonde détermination d’être dans les Pas du Bouddha et de Thây ?


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Source : Maison de l'Inspir

lundi 13 novembre 2017

"Les voeux de Bodhisattva" par Shamar Rinpoché

ChenrezigDe façon générale, en ce qui concerne les vœux de bodhisattva, il y a deux étapes. D'une part, il y a les vœux de bodhisattva d'intention, d'aspiration. Ensuite, il y a les vœux d'application, la mise en œuvre de l'intention. Pour prendre les vœux, il nous faut d'abord prendre les vœux de refuge, en relation avec ces vœux de bodhisattva.

Les vœux d'aspiration

La première étape, ce sont les vœux d'aspiration. C'est-à-dire que nous allons diriger notre esprit vers un but, vers un objet. Quel est-il ? Ce sont tous les êtres qui peuplent l'espace sous toute une série de formes, d'existences, de mondes et de planètes différentes. Ce qui caractérise les êtres vivants, c'est que, d'une part, ils sont dotés d'une conscience et, d'autre part, ils sont aussi marqués par la souffrance qui s'enracine dans l'ignorance fondamentale. Un esprit marqué par l'ignorance fondamentale ne peut produire que des émotions perturbatrices. A partir là, inévitablement nous allons agir et accumuler du karma. Les graines karmiques, quand elles arrivent à maturité, produisent de la: souffrance. C'est cette souffrance qu'expérimentent les êtres dans les différents types d'existences. Générée de vie en vie, elle forme un cycle*. Considérant les êtres, leurs conditions d'existence et leur souffrance, nous allons développer une authentique compassion.

Développer le souhait de libérer tous les êtres

Gardant à l'esprit la souffrance qu'expérimentent les êtres, il s'agit de développer une attitude. Cette attitude d'esprit est le souhait profond, développé de façon honnête, que tous ces êtres soient complètement libérés de la souffrance et ce, de façon permanente. On s'encourage soi-même à développer cet état d'esprit face à la souffrance des êtres. Afin d'être capable de réaliser ce souhait, c'est-à-dire de libérer les êtres de la souffrance de façon définitive, il s'agit de travailler sur soi-même et de se libérer de ses propres souffrance et confusion. Dans un deuxième temps, nous pouvons acquérir la capacité véritable de venir en aide aux autres et de les libérer. Cette capacité, c'est le plein et parfait Eveil, c'est l'état de bouddha. L'état de bouddha, c'est la capacité réelle d'accomplir le bienfait des autres de façon spontanée. Pour que cet Eveil s'établisse, il est nécessaire qu'il s'enracine dans une cause.

L'esprit d'Eveil

La cause de l'Eveil, c'est le développement de la bodhicitta, de l'esprit d'Eveil, de l'aspiration; c'est le développement de cette aspiration comme cause dans l'esprit. On le formalise par la prise des voeux de bodhisattva. Ainsi, en prenant ces voeux et en mettant en œuvre cette attitude d'esprit, nous cheminons et nous développons spirituellement. De vie en vie, nous devenons de plus en plus capable d'accomplir le bienfait des êtres. Progressivement, nous allons pouvoir réaliser le fruit ultime qui est le plein et parfait Eveil, l'état de bouddha. Cela va nous permettre d'accomplir spontanément le bienfait des êtres. Non de façon conceptuelle, mais de façon totalement spontanée et sans entrave. Exactement comme le soleil qui brille dans le ciel et qui éclaire toute chose, l'activité du Bouddha va naturellement accomplir le bienfait des autres. C'est ce qu'on appelle le fruit de l'Eveil, le plein et parfait Eveil. Ce fruit s'acquiert en développant l'esprit d'Eveil, la bodhicitta. Il y a donc ces deux points de vue, ces deux points de référence sur le chemin vers l'Eveil. D'une part, considérer le fruit, l'Eveil, c'est-à-dire la capacité réelle d'accomplir le bienfait des autres. D'autre part, considérer la cause qui va nous y amener, c'est-à-dire le développement de la bodhicitta, le développement de l'esprit de l'Eveil, qui va être formalisé par les vœux.

Quatre types d'êtres

On parle du fruit de l'Eveil et il est important de bien comprendre ce qu'est ce fruit, ce qu'est l'Eveil, ce qu'est le Bouddha et sa capacité à accomplir le bienfait des autres de façon spontanée et sans limite. Comment cela s'accomplit-il ? Le Bouddha accomplit le bienfait des autres de façon spontanée à travers quatre niveaux. Par son activité spontanée, il va permettre aux êtres qui sont complètement prisonniers du samsara et de la souffrance de se libérer. Non pas tant du samsara, mais plutôt des souffrances des mondes inférieurs. Cela peut les amener à avoir une renaissance dans laquelle ils peuvent rencontrer un bonheur relatif.
Ensuite, il y a un deuxième niveau d'activité qui s'adresse cette fois-ci à ceux qui sont sur le chemin. L'activité du Bouddha va les encourager, les soutenir pour qu'ils puissent complètement se libérer du samsara. 

On parle des pratiques des arhats ou des bouddhas pour eux-mêmes, qui cherchent leur propre libération. Quand ces êtres ont réalisé l'Eveil du petit véhicule, les bouddhas peuvent, à ce moment-là, également les aider parce qu'ils sont établis dans cette paix de l'esprit, ils y résident complètement.C'est le fruit du chemin de la libération individuelle, l'Eveil des arhats.L'activité des bouddhas va les encourager à avancer vers l'Eveil, à ne pas rester dans cette paix et très concrètement, par leur samadhi, par leur absorption méditative, les bouddhas vont les secouer de cette sérénité, de cette paix. Ils vont agir ainsi afin de les exhorter à continuer à parcourir leur chemin vers l'Eveil. 
Mais ce n'est pas tout. L'activité des bouddhas s'adresse aussi à un quatrième type d'êtres, ceux qui sont sur ce qu'on appelle les hautes terres des bodhisattvas, la huitième et la neuvième terre. L'activité des bouddhas va les exhorter à continuer encore leurs efforts, à poursuivre leur cheminement, jusqu'à ce qu'ils puissent eux-mêmes réaliser le plein Eveil.
 

Ainsi, on peut voir combien vaste est cette activité éveillée. Elle s'adresse à la fois à des êtres qui sont complètement dans le samsara, sur le chemin de la libération, et à d'autres êtres qui ont déjà un certain fruit du chemin. Elle s'adresse à tous les types d'êtres, à tous les niveaux d'êtres. Et il faut bien comprendre que ce qui permet cette activité spontanée et sans limite, c'est la cause première. Et la cause première, c'est cette promesse, cet engagement, ce serment de pratiquer pour aider, pour accomplir le bienfait des autres. C'est ce qui va nous permettre d'avoir ce fruit spontané et sans limite.

Les vœux d'esprit d'Eveil d'application

Il y a ensuite les voeux d'esprit d'Eveil d'application, l'engagement à la mise en pratique de l'aspiration à l'Eveil. Ces vœux de mise en œuvre des bodhisattvas consistent en la pratique des six paramitas, les six qualités éveillées, ou les six façons de vivre éveillées. Ce sont: la générosité, l'éthique, la patience, l'effort enthousiaste, la méditation et la sagesse discriminante. Un bouddha est quelqu'un qui a amené à sa pleine perfection et pleine
maturation ces six qualités éveillées. C'est en les pratiquant que l'on peut complètement actualiser l'Eveil. En cheminant, en pratiquant et en mettant en œuvre ces qualités, les bouddhas les ont développées jusqu'à leur pleine perfection. A travers leurs différentes existences fondées sur le souhait de véritablement aider les autres, ces qualités se sont épanouies. En prenant les vœux, nous pensons: "Tout comme les bouddhas du passé, du présent et du futur, qui se sont engagés, s'engagent et s'engageront pratiquer les six qualités éveillées, les six paramitas, je vais suivre ce chemin. "

Maintenir une discipline, ou l'éthique

Les vœux de bodhisattva peuvent se prendre dans le contexte des trois types de discipline. Ces trois types d'éthique sont, d'une part, l'engagement de réduire tout acte négatif qui induit de la souffrance et, d'autre part, l'engagement d'accumuler des actions positives, qui génèrent un bienfait pour soi et pour les autres. La troisième éthique est une conduite qui accomplit le bienfait des autres.
Afin de préserver les différents engagements concernant ces vœux, un entraînement est nécessaire. Ce que signifie préserver l'engagement de ces vœux d'aspiration et d'application est clairement développé dans le Joyau Ornement de la libération de Gampopa. Cet engagement est la base d'un développement puissant de la vertu et de ce qui est positif. C'est quelque chose qui va se développer automatiquement si l'on préserve les vœux pris. Même lorsque l'on dort, même quand l'esprit n'est pas attentif, ces bienfaits continuent à se développer. C'est la raison pour laquelle les vœux sont dits être un fondement fertile pour le développement de toute vertu.


Source : Dhagpo Kagyu Ling

lundi 30 octobre 2017

"Les bienfaits de la réflexion sur l'impermanence" par Khyentsé Rinpotché




La vie est aussi éphémère qu'une goutte de rosée à la pointe d'un brin d'herbe. On ne peut arrêter la mort, de même qu'on ne peut empêcher les ombres de s'étirer au soleil couchant. Vous pouvez être extrêmement beau, vous ne séduirez pas la mort. Vous pouvez être très puissant, vous ne l'influencerez pas davantage. Même les richesses les plus fabuleuses ne vous achèteront pas quelques minutes de vie supplémentaires. La mort est aussi certaine pour vous que pour celui qui a le cœur transpercé d'un poignard.

Un jour, un rude Tibétain du Khampa vint offrir une pièce de tissu à Droubthop Tcheuyoung, l'un des plus éminents disciples de Gampopa, pour lui demander des enseignements. À plusieurs reprises Droubthop Tcheuyoung renvoya le Khampa en dépit de ses multiples supplications. Comme celui-ci insistait, le maître prit finalement les mains de l'homme dans les siennes et lui répéta trois fois:
— Je mourrai; tu mourras.
Puis il ajouta:
— Voilà tout ce que mon maître m'a enseigné. C'est tout ce que je pratique. Médite simplement là-dessus. Je te promets qu'il n'y a rien de plus grand.

L'idée de la mort tourne l'esprit vers le Dharma, elle nourrit l'assiduité, et elle permet, pour finir, de reconnaître la radieuse clarté de la dimension absolue. La mort devrait toujours être l'un des sujets essentiels de vos méditations.

Lorsque la véritable compréhension de l'impermanence aura commencé à poindre dans votre esprit, vous ne vous laisserez plus emporter par la discrimination entre ami et ennemi, vous serez à même de déchirer l'épais enchevêtrement des activités distrayantes et futiles, vous serez capable de puissants efforts, tout ce que vous ferez prendra la direction du Dharma, et vos qualités s'épanouiront comme jamais auparavant.

Source : http://www.matthieuricard.org

lundi 23 octobre 2017

"L'empathie et la pratique intensive de la compassion" par Matthieu Ricard


Résultat de recherche d'images pour "matthieu ricard"L'empathie consiste à ressentir ce que d'autres éprouvent et à entrer en résonance avec eux. Lorsque nous rencontrons un être transporté de joie, nous éprouvons nous aussi de la joie. Il en va de même pour la souffrance. Par empathie nous ressentons la souffrance qui accable l'autre. Au plan de l'expérience vécue, ces sentiments empathiques sont semblables à de la joie véritable et à de la souffrance véritable. C'est pourquoi, lorsqu'une personne qui éprouve spontanément de l'empathie est continuellement confrontée aux souffrances d'autrui, elle est constamment affectée par ces souffrances. Nous constatons que ceci arrive aux plus dévouées des personnes travaillant dans les services d'aide et de soin, tels que les professionnels de la santé. L'expérience répétée et profonde qu'elles font de l'empathie les conduit soit à développer le syndrome d'épuisement professionnel (l'incapacité de supporter les sentiments empathiques), soit à fuir les sentiments et les émotions d'autrui.

L'année dernière j'ai participé, ensemble avec la spécialiste des neurosciences Tania Singer, à une étude sur l'empathie et la compassion. Nous avons examiné les phénomènes de « fatigue de l'empathie », largement répandus au sein de la communauté médicale. Comment un professionnel des soins peut-il préserver l'ardeur de son empathie pour autrui tout en gardant intacts le courage et l'optimisme dont il a besoin pour aider ses patients ?

Les méditants participant à l'étude découvrirent qu'un moyen de résoudre ce dilemme consiste à cultiver un amour et une compassion sans réserve pour la personne souffrante. Il s'agit là de bien plus que de simplement entrer en résonance avec les émotions de la personne qui souffre.
Selon le bouddhisme, l'amour altruiste est une attitude qui consiste à souhaiter que les autres soient heureux et à rechercher les causes véritables du bonheur. Et la compassion est définie comme le désir de mettre fin aux souffrances d'autrui et à leurs causes. Un tel amour altruiste peut imprégner l'esprit au point qu'on peut en venir à ne rien souhaiter de plus que le bien-être de ceux qui souffrent. La compassion n'est rien d'autre que l'amour donné à ceux qui souffrent. Un tel amour compatissant peut neutraliser la détresse et l'impuissance engendrée par l'empathie appliquée seule, et produit des dispositions d'esprit constructives telles que le courage compatissant.

Un entraînement laïc à aimer la bonté et la compassion pourraient donc permettre au personnel soignant de mieux aider les patients souffrants, sans que pour autant il présente ce débilitant syndrome d'épuisement professionnel, qui se développe fréquemment après une exposition prolongée à la seule empathie. Il nous a aussi semblé que même s'il peut y avoir de la « fatigue de l'empathie », il ne saurait y avoir de la « fatigue de la compassion », sachant que la compassion est par essence une disposition d'esprit équilibrée et positive, tandis que l'empathie n'est que le moyen permettant de percevoir sans erreur la disposition d'esprit des autres. Plus on cultive la compassion et l'amour de la bonté, plus on progresse sur la voie du bien-être authentique, et on devient pleinement disponible pour autrui.

Source : http://www.matthieuricard.org

lundi 9 octobre 2017

Quelle éthique pour le 3ème millénaire ? par Sa Sainteté Tenzin Gyatso, XIVe Dalaï Lama

Interview de Sa Sainteté le Dalaï-Lama au centre tibétain de Lerab Ling. Traduction orale de Matthieu Ricard à l'émission de France2 Voix Bouddhiste du 1er octobre 2000.
A l'aube du 3ème millénaire, Sa Sainteté aborde un thème fondamental : Est-il possible de mettre en place une éthique universelle, éthique qui serait applicable par tous, quels que soient les pays, les religions et les cultures ?

(Transcription réalisée à partir de la traduction orale de Matthieu Ricard, en respectant du mieux possible et avec toute l'humilité qu'il se doit, les paroles, les pensées et les sages conseils de Sa Sainteté le Dalaï-Lama. Source : Catherine Barry).


Sa Sainteté souhaite donc que tous particularismes religieux ou culturels soient dépassés afin que tous les êtres puissent se reconnaître dans cette éthique qui serait basée sur des principes humains universels. Pour Sa Sainteté le Dalaï-Lama, il s'agirait là d'une véritable révolution spirituelle.

VOIX BOUDDHISTES - Ce thème sera abordé sous différents angles : l'éthique dans l'enseignement du Bouddha et l'éthique dans le monde laïc. Votre Sainteté, nous allons commencer par l'éthique dans l'enseignement du Bouddha.

Sa Sainteté le Dalaï-Lama - Si l'on veut définir la quintessence de l'éthique selon le bouddhisme, dans le meilleur des cas, il faut pouvoir apporter du bien aux êtres, mais dans tous les cas, ne pas leur faire du tort, ne pas leur nuire… c'est là le fondement de l'éthique, c'est cela qui définit l'éthique selon le bouddhisme. Et à la base de cela, à la base de cette intention, de faire le bien si possible, en tous les cas de ne pas nuire, c'est-à-dire la non-violence ; à la base de cela est la pensée bien sûr, de la compassion, de l'amour altruiste.

VOIX BOUDDHISTES - Peut-on dire que la conduite éthique constitue en quelque sorte la base, le fondement, l'enracinement de la pratique sur la voie bouddhiste ?

Sa Sainteté le Dalaï-Lama - Je crois que l'on ne peut pas répondre de façon unique. En fait ce n'est pas aussi simple que cela en a l'air. En effet, si le but ultime est bien de faire le plus de bien possible aux autres, d'apporter un grand bienfait à autrui, à tous les êtres, et pour cela il est clair maintenant que nous n'avons pas cette capacité, il faut donc la développer et pour la développer de façon ultime, la meilleure chose à faire, c'est de soi-même atteindre à l'Eveil, atteindre à la perfection de la bouddhéïté. Et c'est seulement ensuite que l'on pourra effectivement accomplir le bien des êtres de façon immense.

Il y a de nombreux facteurs qui vont contribuer à cette atteinte de l'Eveil, l'un est précisément cette discipline mais il y a aussi la concentration (Samadhi) et il y a également la connaissance, la sagesse, donc dans ce contexte, on voit que la discipline ou l'éthique est une branche, est un facteur qui contribue à l'atteinte de l'Eveil pour le bien des autres, mais on ne peut pas dire non plus que c'est un facteur unique. Donc c'est un facteur important mais on ne peut pas dire non plus que cela constitue la base, le fondement unique même de la voie du bouddhisme.

VOIX BOUDDHISTES - Comment développer donc une discipline éthique ?

Sa Sainteté le Dalaï-Lama - Il faut commencer par examiner les bienfaits d'une éthique correcte, d'une discipline ferme et les méfaits du contraire. Principalement l'absence d'éthique se traduit par une conduite ou une manière d'être qui va nuire à autrui, or nuire à autrui, c'est non seulement bien sûr faire le mal aux autres mais c'est finalement semer les graines de notre propre souffrance. Nous devons être clairement conscients de cela afin de développer cette éthique. Etant conscients de cela, faire tout ce qu'il faut pour éviter que nous fassions sciemment du tort à autrui.

Il y a un deuxième aspect à cela, cette pensée même de faire du tort à autrui, d'où vient-elle ? Elle vient des émotions négatives, obscurcissantes, qui affligent notre esprit, qui l'obscurcissent, et donc afin de développer une éthique correcte, il faut aussi œuvrer à amenuiser et finalement dissoudre entièrement, éliminer entièrement tous les facteurs mentaux négatifs, destructeurs, qui sont au fond de cet esprit, et cela, c'est quelque chose que nous devons faire par un processus de transformation intérieure et qui est la façon la plus fondamentale de développer l'éthique.

L'aspect le plus élevé de l'éthique, c'est aussi d'abandonner la pensée qui nous fait nous centrer entièrement sur nous-mêmes, de façon égoïste, de rejeter, d'écarter ou d'éloigner les autres de notre pensée. Donc la forme la plus élevée de l'éthique, c'est de combler ce fossé qui nous sépare des autres afin que nous n'ayons plus cette notion égoiste entre nous et autrui.

Afin d'accomplir le but ultime de l'éthique qui est d'apporter du bien à autrui, il faut être capable de développer de la tendresse, de l'affection, de l'amour envers autrui, et pour cela il faut donc d'abord prendre conscience de la faculté de tendresse qui est en nous, que nous avons par exemple à notre égard, à l'égard de notre bonheur et puis étendre cela à autrui et finalement penser que le bonheur d'autrui compte plus que le nôtre.

VOIX BOUDDHISTES - Donc, peut-on dire qu'il y a un aspect de l'éthique que l'on néglige souvent et qui est la conduite que l'on doit aussi avoir à notre égard, c'est-à-dire ne pas se nuire comme c'est souvent le cas dans nos sociétés où il est beaucoup question de dépression, de haine de soi, de suicides ? 


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