lundi 20 février 2017

"Le bouddhisme et l’expérience mystique" par Paul Magnin


Un précédent écrit invitait à découvrir les fondements du bouddhisme originel et ancien. Il s’agissait de mieux comprendre comment l’expérience initiale du Bouddha, soumise au processus d’acculturation et d’inculturation, put être vécue dans des cultures et des traditions différentes, puisqu’elle s’inscrit dans le champ de l’expérience humaine. Ce retour aux sources s’avère nécessaire si l’on veut éviter les spéculations intellectuelles et abstraites sur la primauté de tel ou tel bouddhisme. Au cours de l’histoire, ces considérations furent l’objet de débats animés, voire envenimés, pour fixer la vraie hiérarchie des trois grands « véhicules bouddhiques », classés par exemple dans le bouddhisme tibétain suivant cet ordre croissant : bouddhisme du Petit Véhicule (Hinayana), bouddhisme du Grand Véhicule (Mahayana) et bouddhisme adamantin (Vajrayana) développé sous plusieurs formes de tantrisme.
Les discussions furent d’autant plus difficiles qu’elles trouvaient une justification pédagogique et religieuse à l’élaboration d’une telle classification : le Bouddha aurait livré son enseignement en fonction du degré d’intelligence et de maturité spirituelles de ses auditeurs. Ainsi les disciples du Petit Véhicule n’auraient été instruits que des rudiments essentiels de la doctrine, parce qu’ils n’étaient pas prêts à s’ouvrir à une connaissance plus subtile et plus élevée. Ayons la modestie de nous ranger parmi ces hommes et ces femmes qui ont encore tout à expérimenter de la Voie bouddhique ! C’est cette expérience, avec sa dynamique, que décrivent les trois vérités non développées dans notre précédent article. Le Bouddha nous donne en effet l’assurance que l’octuple chemin conduit inéluctablement à l’extinction des passions et au nirvana, après un cycle de renaissances variable selon les individus. Nous verrons comment cette libération spirituelle implique une expérience mystique au terme de son accomplissement.
En affirmant le caractère transitoire et impermanent des êtres vivants, le bouddhisme évite tout dualisme entre le corps et ce que nous nommons « âme ». Le corps ne peut être regardé comme une masse inerte à laquelle la vie serait insufflée de l’extérieur. Il est vivant par lui-même et actif, en raison de l’interaction des cinq éléments psycho-physiques qui le composent : matière et forme, sensation, perception, volition (cetana associée à samskara, actes et fonctions psychiques), connaissance (vijnana). La matière brute est indissociable de l’esprit pur. L’individu se construit à travers un comportement de plus en plus intégré, par l’adjonction successive de la sensation, des perceptions qui servent à l’identification des formes, puis des comportements aux modèles d’une complexité croissante en fonction des habitudes et de la volition, enfin de l’idéation. L’individu ainsi constitué a donc une activité tournée vers l’extérieur. Tout son être est engagé dans une relation dialectique avec le monde extérieur. Cette relation au monde s’effectue à travers le corps, la parole et l’esprit. Toutefois, l’homme modifie le sens de ce rapport : à l’impermanence et à la non-substantialité des éléments, il oppose la prétendue permanence et substantialité du Soi. Or, nous l’avons compris, l’individu n’échappe pas au discontinu, à l’impermanence. Bien qu’étant les plus raffinés de ses constituants, la volition et la connaissance sont elles-mêmes empreintes du caractère transitoire et changeant de toutes choses.

La volition
La loi de production conditionnée
Le passage de la renaissance
Le nirvana
Une expérience mystique
L’octuple chemin
La discipline mentale
La plus grande sagesse
Une voie exigeante

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