mercredi 3 avril 2013

"A la Recherche l’Un de l’Autre" : poème inédit de Thich Nhat Hanh


A la Recherche l’Un de l’Autre 

Honoré du Monde, je vous ai cherché depuis mon enfance.
Dès mon premier souffle, j’ai entendu votre appel.
Je suis parti à votre recherche, Bhagavan,
J’ai parcouru tant de chemins périlleux, rencontré tant de dangers.
Dans mes pérégrinations, j’ai enduré désespoir, peur, espoir et souvenirs.
Vers les contrées les plus lointaines, sauvages et immenses, je suis parti,

Sur les étendues d’étranges océans, j’ai navigué,
Sur les plus hauts sommets perdus dans les nuages, j’ai grimpé.
J’ai plusieurs fois gît mort dans une solitude absolue sur le sable d’anciens déserts,J’ai tenté de retenir dans mon cœur les nombreuses larmes de pierre,
J’ai rêvé de boire les gouttes de rosée scintillant de l’éclat des galaxies lointaines.
J’ai laissé des traces de pas sur les montagnes célestes des dieux.J’ai hurlé du fond de l’enfer Avichi, exténué, éperdu de désespoir.
C’est parce que j’avais faim, j’avais soif.


Au cours de mes dizaines de millions de vies,
J’ai désiré découvrir l’image de Celui qui est parfait,
Bien que je n’en connaisse pas exactement le lieu,
O Béni, je sens du fond de mon cœur la mystérieuse certitude de votre présence.
J’ai le sentiment que depuis des milliers de vies, vous et moi, n’avons été qu’un,
Qu’entre nous il n’y a que l’éclair d’une pensée.


Hier encore, je marchais seul, j’ai vu le chemin ancien couvert de feuilles d’automne.La lune brillante, accrochée au-dessus du portail, est apparue soudain comme l’image d’un vieil ami.
Alors les étoiles toutes excitées ont annoncé que vous étiez là.
La nuit durant, la pluie de la compassion n’a cessé de tomber,
La lumière des éclairs traversait ma fenêtre, un énorme orage s’était levé,
Comme si la Terre et le Ciel s’emportaient dans leur furie.
Enfin, en moi, la pluie s’est arrêtée et les nuages ont disparu.
Par la fenêtre, je vis la lune tardive, paisible et brillante.
Le Ciel et la Terre étaient totalement apaisés.
En me contemplant dans le miroir de la lune, je me suis vu et soudain je vous ai vu, Bhagavan.
Vous étiez souriant.

Comme c’est étrange !
La lune brillante de la liberté venait juste de me revenir.
En un seul instant, tout ce à quoi j’ai cru, je l’avais perdu.
Dès lors, et à chaque instant qui suivit, je vis que rien ne m’avait quitté,
Et qu’il n’y avait rien à retrouver.
Chaque fleur, chaque caillou et chaque feuille me regarde et me reconnaît.
Où que se tourne mon regard, je vous vois sourire,
Le sourire de ce qui ne naît ni ne meurt.


Voilà ce que j’ai découvert en regardant dans le miroir de la lune.
Je vous ai vu, Bhagavan,
Vous êtes assis là, aussi solide que le Mont Mérou, aussi calme que mon propre souffle.
Vous êtes assis comme s’il n’y avait jamais eu la violence des tempêtes en ce monde.
Vous êtes assis en paix et libre.
Je vous ai trouvé Bhagavan, et je me suis trouvé.
Je suis assis, le ciel bleu profond est silencieux,
Les montagnes couvertes de neige sont peintes sur l’horizon, et le soleil chante sa joie.
Vous êtes mon premier amour, Bhagavan,Vous êtes l’amour toujours présent, immaculé et vierge,
Ainsi jamais je n’aurai besoin d’un amour dont on dirait qu’il est « le dernier ».
Vous êtes la source, le courant d’une vie spirituelle,
Qui s’écoule depuis des millions de vies dans le samsara, mais qui reste pure comme au début.
Vous êtes ma paix.
Vous êtes ma solidité.
Vous êtes ma liberté intérieure,
Vous êtes le Bouddha,
Vous êtes le Tathagata.Sans dévier,
Je souhaite nourrir en moi la solidité et la liberté,
Pour les offrir à tous les êtres.
Aujourd’hui et toujours.

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