lundi 30 mai 2016

Thich Nhat Hanh : Héro mal connu dans la lutte mondiale contre le changement climatique

Traduction française d’un article paru dans le « Huffington Post »


L’architecte des négociations historiques à Paris sur le changement climatique reconnaît que les enseignements de Thich Nhat Hanh ont aidé à arriver à l’accord.

DAVOS, SUISSE – L’un des moteurs de l’accord climatique de Paris est un moine bouddhiste Vietnamien de 89 ans.

Christiana Figueres, qui a mené les débats a reconnu le rôle primordial joué par Thich Nhat Hanh pour l’aider à développer la force, la sagesse et la compassion nécessaires pour construire cet accord sans précédent avec l’appui de 196 pays.

Figueres, la secrétaire exécutif de la Convention cadre sur le changement climatique des Nations Unies, dit que les enseignements de « Thay, » le nom par lequel il est connu par des centaines de milliers de pratiquants dans le monde entier, « sont tombés entre mes mains littéralement » lorsqu’elle a traversé une crise personnelle profonde il y a trois ans.

Elle reconnaît que la philosophie Bouddhiste de Thay, qui actuellement est en récupération après un grave accident vasculaire cérébral, l’a aidée à faire face à cette crise et en même temps lui a permis de maintenir sa concentration sur les débats climatiques.


lundi 23 mai 2016

Soutra des causes et des effets des actions

Namo Bouddha, namo Dharma, namo Sangha ! 

Ainsi ai-je entendu : Une fois le Bouddha était dans la ville de Sravasti, dans le jardin de Jéta, avec de nombreux moines (sramana) et un nombre incalculable de bodhisattvas et de dieux (devas), et d’innombrables autres mondes leur tenaient compagnie. Le souverain maître du monde (Lieujyestha) exposait la Loi et l’assemblée écoutait avec un esprit pur.

Alors Ananda, au nom des êtres humains, s’adressa ainsi au Bouddha : « Maître du monde, je vois à présent que chaque créature naît de la même façon parmi les gens. Il en existe de beaux et de laids, de forts et de faibles, de riches et de pauvres, d’heureux et de tristes, de nobles et de vils, et leurs voix ne sont pas semblables ni leurs paroles identiques. Il y a celui qui, à cent ans, ne meurt pas et celui qui, à trente ans, meurt ; il y a celui qui, avant même d’être né, meurt dans la matrice. Il y a la personne qui est séduisante mais pauvre, et il y a celui qui est vil et laid, mais qui est riche ; puis, il y a le noble et fort sans dignité ni rang (social) et le faible qui a dignité et rang (social), mais qui est malheureux. Il y a la personne dont la vie est longue et heureuse et celui dont la vie est courte. Puis, il y a la personne qui fait le bien mais rencontre des difficultés, et celui qui fait le mal et obtient le succès. Il y a la personne dont les lèvres sont blanches et qui louche, et l’homme noir aux yeux séduisants. Il y a la personne qui a de nombreux fils et filles et celui qui est seul et solitaire, sans engeance et orphelin. Il y a la personne qui va dehors, errante, perdue et transie de froid, et il y a la personne qui a soif et faim, et celle qui demeure à la maison et mange et se couvre d’habits à volonté. Il y a la personne qui dans sa jeunesse est pauvre et dans le besoin, et qui est riche une fois âgée. Il y a celle qui est juste et vraie et qui, exempte de faute ou de péché, souffre d’emprisonnement et demeure confinée en prison. Il y a le parent qui est compatissant envers l’enfant et l’enfant qui est respectueux envers ses parents, et il y a aussi des enfants qui, sans cesse, se battent et se querellent. Il y a ceux qui tirent leur survie et leur subsistance de tout et sans compter ; et il y a ceux qui n’ont pas de domicile à eux et demeurent toujours dans la maison des autres. Il y a la personne qui réside dans une contrée déserte comme un animal sauvage ; il y a la personne qui a ses habitudes, toujours dans la joie et il y a celle qui endure la servitude sous le joug d’un malfaisant ; il y a celle qui est intelligente et adroite, et celle qui est stupide et ignorante. Il y a la personne qui fait des efforts et gagne, et il y a celle qui ne cherche pas et la chose lui vient d’elle même ; il y a la personne riche mais avide et mesquine, il y a la personne pauvre qui est  généreuse ; il y a celle qui parle de manière douce et excellente, et il y a celle dont la parole est semblable à des piqûres d’épines. Il y a la personne chère à tous, et avec laquelle tous s’entretiennent, et il y a ceux qui sont détestés de tous, si bien qu’on cherche à les éviter. Il y a la personne qui a de la compassion pour tous les êtres vivants, et il y a la personne qui aime tuer. Il y a ceux qui cherchent et trouvent et se réjouissent, et il y a ceux que les gens jettent dehors. Il y a les belles-mères et les belles-filles qui se haïssent et les épouses des frères qui se chérissent. Il y a la personne qui aime entendre les mots de la loi et celle qui entend un soutra et est gagnée par le sommeil. Il y a celle qui ne comprend ni loi ni règle, et il y a celle qui a l’amour de la doctrine, et il y aussi ceux qui ressemblent à des animaux et à d’autres êtres de formes différentes. A présent, ô Seigneur, exposez-nous les causes et les effets de sorte que cette grande assemblée puisse entendre avec l’esprit pur et se diriger en toute sincérité vers des actions de bien. » 

Alors, le Bouddha s’adressa à Ananda ainsi ...


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lundi 16 mai 2016

"Karma et vacuité" par Lama Zopa Rinpoché

Préface

Le karma, ou loi de cause à effet, est l’un des principes les plus fondamentaux de la philosophie bouddhiste. Karma et vacuité approfondit le sujet du karma dans la perspective de la compréhension de la vacuité, cette compréhension essentielle, sous-jacente à toute la théorie et toute la pratique du bouddhisme, que toutes choses, les personnes comme les phénomènes, manquent d'existence inhérente. En d'autres termes, elles n'existent pas comme nous les percevons, solides, absolues et concrètes, existant de leur propre côté, mais sont uniquement désignées, ou dénommées, par l'esprit. La réalisation de la vacuité est la méthode suprême qui coupe nos fantasmagories à la racine - particulièrement celle qui perçoit un « je », ou soi, existant de manière intrinsèque. La réalisation de la vacuité est aussi ce qui va nous mener à l'état pleinement éveillé de la bouddhéité. Le Bouddha a également enseigné que la pratique de la pure moralité est le fondement du développement de la concentration en un point, nécessaire pour atteindre une réalisation directe de la vacuité. Ayant acquis une compréhension parfaite du karma, on aura alors, et alors seulement, le profond souhait de pratiquer vraiment la pure moralité, ce qui conduira le pratiquant aux autres réalisations du chemin.

KARMA ET VACUITE DE LAMA ZOPA RINPOCHE 

Le texte qui suit est une transcription d'une conférence de Lama Zopa Rinpoché à l'Institut Maitreya en Hollande en septembre 1981. Nous allons écouter les instructions du Bouddha, le chemin gradué vers l'éveil. Pour écouter ces conseils, notre motivation ne devrait pas être la recherche du bonheur de cette vie-ci - au minimum notre motivation devrait être débarrassée du souci des choses de ce monde. Nous ne devrions pas non plus chercher le bonheur des vies futures. Nous ne devrions pas davantage être motivés par la recherche de l'état sans souffrance pour nous-mêmes seulement. Notre motivation devrait être bodhicitta. Même si nous n'avons pas la réalisation de la bodhicitta spontanée, sans effort, nous devons au minimum essayer d’engendrer cette motivation. Donc, pensez ainsi : « Je dois obtenir l'éveil afin de libérer tous les êtres sensibles de la souffrance et les mener à l'état de l'esprit omniscient. C'est dans ce but que je vais écouter les enseignements. » Comprendre et protéger le karma Le sujet de notre programme est le karma. Comprendre le karma et le protéger est très important, pour ceux qui commencent à pratiquer le Dharma, pour ceux dont l'esprit a progressé sur le chemin spirituel, et même pour les méditants avancés qui ont de hautes réalisations du Mantra Secret. En fait, le karma est une chose que tous ceux qui désirent le bonheur et rejettent la souffrance doivent comprendre et protéger. Même celui qui n'y croit pas, même celui qui n'a pas foi dans le karma, crée néanmoins continuellement du karma avec son corps, sa parole et son esprit. C'est comme pour quelqu'un qui aurait la tuberculose : même s'il n'y croit pas, ne pas y croire n'arrête pas les saignements. Si c'était juste une question de foi, de croyance, les hôpitaux n'auraient pas lieu d'être. Si votre jambe était coupée, en pensant qu'elle ne l'est pas, elle se reconstituerait. Mais ce n'est pas ainsi que cela se passe. Les choses ne se passent pas de telle sorte que celui qui a la foi a le karma et celui qui n'a pas la foi n'en fait pas l'expérience. Ca ne marche pas comme cela. Si c’était le cas, plus vous comprendriez le Dharma, l'existence, et plus vous souffririez. Moins vous comprendriez et moins vous souffririez. Les animaux auraient donc l'esprit plus paisible que les êtres humains. Mais sur cette planète, les êtres qui ont vraiment l'esprit paisible, qui jouissent du bonheur suprême, sont très rares. Ce sont les quelques personnes qui comprennent et protègent le karma, qui renoncent à la cause de la souffrance et obtiennent la cause du bonheur.


lundi 9 mai 2016

"La Telléité" (ou Ainsité) par Maître Dogen

La sagesse de Bouddha n’est ni contemplation, ni intention, ni non-intention, ni conscience, ni inconscience. Elle n’a que faire des notions comme petit ou grand, illumination ou illusion.
Le grand maître Kokaku du Mont Ungo, trente-neuvième descendant de Shakyamuni - l’héritier légitime de Maître Tozan -, tint un jour ces propos devant l’assemblée des moines :- Si vous voulez accéder à ce qui est, il vous faudrait devenir tathata. Puisque nous sommes tous adeptes de la Voie bouddhique ; c’est ce qui est, pourquoi tergiverser ?
Les personnes, telles qu’elles peuvent être dans leur nature originelle, sont la manifestation de la Voie, voilà le sens exact de cette déclaration. Tathata est l’aspect accompli de la Voie bouddhique qui contient et transcende l’univers tout entier, elle est infinie.

Étant des constituants du tout, pourquoi serait-il si important d’accéder à ce qui est, l’expression avérée de la réalité telle qu’elle apparaît dans tout l’univers ? Elle est instable et insaisissable. Alors comment savoir qu’elle existe ? Nous le savons par ce corps et cet esprit, quoiqu’ils ne soient pas vraiment nous. Notre vie se transforme au gré du temps et des circonstances, elle n’est pas immuable. D’innombrables choses surviennent, puis disparaissent sans laisser de trace. Notre esprit aussi, subit de continuelles mutations. Certains arrivent à se demander si cela est ainsi, s’il n’y ait rien sur quoi pouvoir compter. Mais ceux qui sont résolus dans leur quête de la Voie prennent appui sur ce flux constant des circonstances et des conditions pour approfondir leur pratique. Toutefois, il nous est difficile de parvenir à cette compréhension par nos propres moyens. C’est important de ne pas l’oublier.

Originellement, nous sommes tathata. Comment pouvons-nous le savoir ? Nous savons que nous le sommes par notre désir de vouloir l’être. Nous avons toutes les dispositions pour le devenir et c’est pour cette raison qu’il n’est pas nécessaire de s’en inquiéter, bien que s’en inquiéter soit déjà un pas vers la compréhension éclairée de soi. Ne soyez pas étonnés par ces propos. C’est la seule voie qui nous y mène La Voie Bouddhique est absolue. Nul ne peut en avoir le contrôle, de même un esprit aguerri aux principes bouddhiques ne peut le concevoir totalement. Le fonctionnement de l’Esprit universel ne peut être maîtrisé entièrement. Comme vous êtes déjà thatagata s’en inquiéter est absurde. L’essence de tous les phénomènes ainsi que l’esprit, le corps et Bouddha ne sont que tathata. Lorsque nous tombons, nous ne pouvons que tomber sur terre. Elle et nous sommes inséparables, il en va de même pour ce qui est de la Voie. Ne soyez pas inquiets, il n’y a pas lieu de douter.

Un ancien adage qui nous vient à la fois de l’Inde et de la Chine dit ceci : - Si nous tombons sur le sol, nous nous relevons du sol. Autrement, il serait impossible de se relever. Lorsque vous vous serez étudié et que vous serez parvenus à la profonde compréhension éclairée de soi, vous comprendrez que ces propos illustrent le principe de la libération du corps et de l’esprit. Ainsi, s’il vous est demandé de spécifier les principes qui mènent à cette compréhension éclairée de soi, contentez-vous de dire qu’il en va comme d’un homme qui se relève après être tombé. Pour comprendre cela clairement, il faudrait que vous vous soyez détachés, instant après instant, de vos illusions passées, présentes et futures. L’éveil, c’est transcender l’éveil, c’est aller au-delà des illusions [sonder en profondeur les illusions] et parvenir à la compréhension éclairée de soi. Vous êtes cernés soit par l’éveil, soit par l’illusion. Votre condition dépend du principe : se relever demande que l’on soit préalablement tombé. Ce principe est applicable en tous lieux, à toutes choses et il est la réalité de tous les Bouddhas. Une compréhension intellectuelle ne suffit pas, il vous faut en faire l’expérience. Les paroles de Bouddha que l’on aurait entendues, ou l’enseignement des Patriarches que l’on aurait reçu importent peu. Si paroles et enseignements ont été accueillis dans le même état d’esprit qu’eux, alors nous partageons leur éveil. Alors il nous sera donné de dire des choses qui n’ont jamais été exprimées en Inde ou en Chine. Toutefois, si vous ne comprenez pas cela, quand vous tombez à terre, vous ne pourrez jamais vous relever. Quand vous tombez, il vous est possible seulement de vous relever au moyen du vide et de la terre. Il en a été ainsi pour tous les Bouddhas et les Patriarches. Si quelqu’un vous demandait quelle distance y a-t-il entre la terre et le vide, vous devriez répondre : - Bien qu’il soit impossible de se soustraire à la fois du vide et de la terre, il doit y avoir 108.000 ri. Si vous ne répondez pas ainsi, cela voudrait dire que vous n’avez rien compris à la Voie et que vous ne connaissez pas l’éveil.
Le dix-septième Patriarche, vénérable Sogyanandai, entendit la cloche à vent du hall principal du temple tinter et demanda à son disciple Kasayata :

"Est-ce le son de la cloche ou celui du vent ? "
"Ce n’est ni celui du vent, ni celui de la cloche, ce n’est que le son de mon esprit, répondit Kasayata."

"Que veux-tu dire par c’est mon esprit ? "
"Tout n’est que pure tranquillité, répondit Kasayata. "

" Excellent ! Je ne vois que toi, Kasayata pour transmettre mon enseignement. C’est ainsi que la transmission authentique du Dharma fut remise à Kasayata."


lundi 2 mai 2016

"La nature de Bouddha" par Maître Dogen


Dõgen en zazen
Dõgen

Définition de la nature de Bouddha

La nature de Bouddha : tathàgata-garbha en Sanskrit signifie la nature de l'illumination spontanée, la nature de la sagesse de Bouddha ou la nature de première importance. Dans le Bouddhisme Mahâyàna, la nature de Bouddha est définie comme : vacuité absolue. Les Mahayanistes décrivent aussi la nature de Bouddha comme : pur esprit ou ce qui est essentiel, transcendantal et indestructible. Pour cette raison, on dit la nature de Bouddha de la vérité ou de la Loi. Puisque cela existe de tous temps et en tous lieux, le Mahaparinirvana sutra dit : Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha. Le Tathàgata est éternellement présent et permanent. Il prévient cependant de ne pas croire pour autant qu'aucune pratique n'est donc nécessaire. ¨Bien que nous ayons tous la nature de Bouddha, elle ne peut être réalisée sans une pratique sincère¨. La vrai nature de Bouddha vivante ne peut se manifester aussi longtemps que nous restons attachés aux concepts que nous avons d'elle, aussi excellentes que ces conceptions puissent paraître.

Enseignement de DÕGEN sur la nature de Bouddha

Dans le Zen de Dogen, la nature de Bouddha est finalement l'englobement complet sans différenciation entre les expressions du petit et du grand véhicule. Pour cette raison, Dogen dit dans Bukkyò du Shòbò-genzò : ¨Les quatre nobles Vérités sont la nature de Bouddha. De même, la nature de Bouddha est au-delà des concepts discriminatifs, tels que : "dedans et dehors, ancien et moderne".
Il y a ceux qui affirment que la nature de Bouddha est comme une semence qui va grâce à l'arrosage de la pluie de la Loi , donner des pousses, des troncs, des branches et des feuilles puis des fleurs et des fruits contenant d'autres semences. Ceci est la pensée des gens ordinaires. Car en fait chaque morceau même caché de semence, de pousse, de tronc de branche de feuille, de fleur et de fruit est la nature de Bouddha. Ce n'est pas une question de ¨dedans¨ ou de ¨dehors¨ou bien de ¨avant ¨et ¨après¨. Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de dualité : Bouddha et toutes les existences sont unité.

Texte de 
DÕGEN sur la nature de Bouddha

Le Bouddha Sakyamuni dit : « Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha. Le Tathàgata est éternellement présent et immuable ». C'est à la fois un enseignement avec la force du rugissement d'un lion de notre grand maître Sâkyamuni et l'essence de tous les Bouddhas et patriarches. Cet enseignement a été étudié durant 2 190 années. Durant cette période, 50 patriarches successifs - vingt-huit générations successives en Inde et vingt-trois en Chine - ont correctement transmis et préservé cet enseignement. Les divers Bouddhas et patriarches dans les dix directions ont aussi fait de même.


Qu'est-ce que le Bhâgavat voulait dire par : Tous les êtres sensibles ont la nature de Bouddha ? Il signifiait que quelque chose d'ineffable est clairement présent. Le terme « tous les êtres sensibles » (en Bouddhisme) est aussi exprimé par « êtres ayant sensibilité » « êtres animés » et « êtres vivants ». Tous ces termes disent la même chose, de toute façon, c'est-à-dire la totalité des existences. En d'autres mots, la totalité des existences est la nature de Bouddha. Un aspect de cette totalité est « temporairement » désigné comme êtres sensibles. Dans cet exemple, à la fois tous les êtres sensibles et toutes les autres choses sont la totalité des existences, c'est-à-dire la nature-de-Bouddha. Ceci est possible parce que non seulement la nature de Bouddha est transmise de maître à disciple, mais est au même moment transmise à la totalité des existences. Nous devrions réaliser que la totalité des existences identifiée avec la nature de Bouddha est au-delà de toute dualité entre existence et non-existence. La totalité des existences est la parole et la langue de Bouddha, le Bouddha, les globes oculaires de tous les Bouddhas et patriarches, les narines des moines mendiants.

L'existence de la «totalité des existences » ne possède ni un commencement ni une nature originelle ou absolue. Comment, alors, pourrait-il être le résultat de relations causales ou d'illusions ? De plus, il n'y a rien à faire avec le mental et ses objets ou l'essence et ses manifestations. Donc, quand tous les êtres sont la totalité des existences, ni eux ni le monde ne sont produits comme le résultat du Karma passé ou de l'illusion, laissés seuls spontanément ; ou comme le résultat de l'illumination achevée à travers des forces miraculeuses. S'il n'en était pas ainsi, alors l'illumination des divers excellents maîtres, la sagesse des Bouddhas, et les prunelles des Bouddhas et patriarches deviendraient synonymes de toutes ces choses. En fait, de toute façon, le contraire est vrai. Il n'y a pas d'illusions dans le monde entier ; car il n'y a rien qui ne soit immédiatement le Bouddha (juste tel quel). Nous sommes inconscients de cela, toutefois, à cause de notre incapacité à couper l'illusion à sa racine, nous nous trouvons dans son aveuglante et continuelle emprise.

Le monde entier n'est pas produit comme le résultat de l'illusion, car le monde entier est clairement la manifestation de la Vérité. Cependant, ceci ne devrait pas être interprété comme une simple affirmation du monde (tel qu'il est). C'est une vue fausse et non-Bouddhiste de regarder le monde comme basé sur soi. (Le monde entier) n'a pas de nature originelle, car il est seulement « éternel maintenant ». Puisque, de plus, le monde entier est complètement libre de l'illusion, ce n'est pas un cas comme une apparition soudaine à l'existence. De manière similaire, puisque il est le contenant de tout, il n'est pas fragmenté non plus. Ce n'est pas pour dire, cependant, que (le monde entier) n'a pas de commencement, car un inexprimable quelque chose est présent. Il n'est pas question de dire non plus que le monde est quelque chose qui est seulement apparu dans l'existence, car notre esprit ordinaire est la Voie. Nous devrions clairement comprendre qu'il est impossible de rencontrer tous les êtres vivants dans la totalité de l'existence. Quand nous réalisons la (vraie) signification de cette totalité, notre compréhension conceptuelle de celle-ci disparaît.

Beaucoup de Bouddhistes pratiquants pensent de façon erronée que la nature-de- Bouddha est la même que l'enseignement non-bouddhiste de Srenika : « un soi éternel ». C'est parce qu'ils n'ont jamais rencontré ni de personnes « éveillées » ou de vrais professeurs, ni réalisé leur vrai Soi. Ils imaginent sans sens commun, que leur conscience (illusoire) qui est produite par les quatre éléments est la même que la conscience éclairée de la nature-de Bouddha. Qui a jamais dit qu'il y avait une conscience éclairée dans la nature-de-Bouddha ? Bien que des Bouddhas variés possèdent une conscience illuminée, celle-ci n'est pas la même que la nature-de-Bouddha. La conscience éclairée des divers Bouddhas ne devrait pas, par conséquent, être mal comprise et identifiée comme celle de la conscience illusoire produite par les quatre éléments, car (en réalité) la conscience illuminée des divers Bouddhas n'est autre que le fonctionnement de chacun et de tous les Bouddhas et patriarches.