lundi 24 octobre 2016

Pour se réconciler avec l'autre : la Pratique du Renouveau du Village des Pruniers par Frère Phap Khi

Bienvenue à tout le monde pour cette session de présentation sur la pratique du Renouveau ou Nouveau Départ. C’est une présentation que la communauté estime importante de faire, un outil que l’on estime nécessaire de transmettre aux personnes qui viennent pratiquer avec nous, à vous tous et toutes qui êtes engagés dans une vie de famille pour beaucoup, dans une relation de couple, et puis, dans des relations diverses et variées avec vos voisins, vos ami(e)s, dans le domaine du travail, à l’école. C’est une pratique que les enfants aussi peuvent faire. C’est une pratique qui est proposée, offerte aux enfants et aux parents durant chaque semaine lors d’une retraite d’été. Les enfants ont ainsi la possibilité avec leurs parents de mettre en pratique le Renouveau. Ce sont des moments importants et très touchants.

Je vais essayer de partager l’essentiel de cette pratique du Renouveau. C’est une pratique de réconciliation dans sa relation avec les personnes avec lesquelles l’on partage sa vie. Or la première personne avec laquelle l’on établit une relation proche, c’est soi-même. Il faut donc garder en tête lors de cette présentation que c’est une pratique que l’on peut faire avec soi-même. J’ai même envie de dire que c’est une pratique que l’on doit apprendre à faire avec soi-même pour pouvoir la réussir avec les autres.

Cette pratique s’articule en quatre aspects. C’est un processus en quatre étapes que l’on est invité à suivre de façon progressive. On va voir aujourd’hui qu’il y a aussi d’autres façons d’aborder cette pratique.

Commençons par la façon traditionnelle. La première approche d’un Renouveau est d’arroser les fleurs ; cela invite donc à la fraîcheur. La deuxième approche du Renouveau est d’exprimer les regrets. La troisième approche est partager une difficulté. Et enfin, en dernier lieu, cinquième approche, être à même de demander de l’aide, et, éventuellement, de faire une proposition concrète pour changer la situation, pour améliorer la relation avec l’autre personne.

Comme le titre de cette pratique l’indique, un Renouveau ou Nouveau Départ, c’est le désir de renouveler la relation avec l’autre personne, avec son conjoint, son frère, sa sœur, son enfant, avec son papa, sa maman, avec son collègue de travail, sa voisine, son ami. On peut penser que pour qu’il y ait besoin d’un Renouveau, il faut qu’il y ait une difficulté. On va voir que c’est assez vrai mais pas seulement. L’idée de proposer un Renouveau, c’est l’idée de prendre soin de la relation.

Quand on regarde dans ses relations au quotidien, au fil des jours, au fil des mois, si on est honnête et qu’on reconnaît les difficultés qui apparaissent, les tensions qui font naître les conflits, on réalise que c’est dû bien souvent au fait d’avoir manqué de vigilance. Nous n’avons pas suffisamment pris soin de notre relation avec l’autre ; prendre soin de la relation avec l’autre, c’est savoir prendre soin de ses paroles et de ses actes.

Ainsi, tout cela nous amène à la pleine conscience. Nous avons réagi un peu vite, nous avons dit quelque chose, fait quelque chose, et peut-être le regrettons-nous ; pourtant, nous n’allons pas vers l’autre personne pour dire que nous regrettons ce que nous avons dit ou ce que nous avons fait. Ou encore, de façon plus subtile, il s’agit de quelque chose que nous oublions de dire ou de faire ; une attention que nous oublions de porter à l’autre personne. Peut-être aussi que l’une des raisons principales faisant que le conflit ou la difficulté apparaît, est que nous dormons un peu sur nos lauriers, nous prenons notre situation pour acquise, nous nous habituons l’un à l’autre. Nous pensons que l’autre a la capacité d’oublier, de pardonner, de passer au-delà de ce qui a été dit ou fait ; car, après tout, on s’aime, on le sait on est important l’un pour l’autre. Et finalement, un peu trop sûr de nous, on oublie de s’arrêter et de regarder un peu plus attentivement la situation dans la relation avec l’autre personne.



On peut aborder cette pratique du Renouveau sous deux angles.


Le premier angle peut être traduit par l’expression que l’on connaît tous : « Mieux vaut prévenir que guérir ». Il s’agit de prendre soin de la relation sans attendre qu’un conflit apparaisse. Même si des tensions finissent par apparaître, cette attention portée à la relation avec l’autre, ou simplement déjà avec soi-même, va minimiser celles-ci et prévenir les conflits dans la relation, permettant également de mieux se comprendre. C’est aussi pourquoi, la première approche de cette pratique concerne les deux premiers aspects du Renouveau, qui est aussi celle que l’on partage avec les enfants et les parents, à savoir : arroser les fleurs et exprimer des regrets.

L’arrosage des fleurs est une pratique qui nous invite à la fraîcheur. Lorsque l’on regarde des fleurs, elles nous évoquent également beauté et harmonie. Les fleurs offrent de belles formes, de belles couleurs, de bonnes odeurs ; c’est un élément agréable, rafraîchissant. Parfois, un peu mal à l’aise avec soi-même, pris dans ses pensées, ennuyé par quelque irritation, il suffit de se tourner vers les fleurs, de prendre un moment pour les regarder et déjà parvenir à apaiser son esprit. Essayez par vous-même plus tard ! Prenez un moment pour être avec les fleurs et revenir à votre respiration, et essayez d’entendre ce que les fleurs vont vous dire. Le simple fait de suive sa respiration et de se tourner vers les fleurs apporte du calme et du bien-être en soi. Les fleurs ne dégagent aucune animosité, ‘à priori’ ; il est difficile de se disputer avec les fleurs. Au contraire, elles invitent à une ouverture, à du calme et même à un certain émerveillement. C’est pourquoi l’arrosage des fleurs consiste à amener cette qualité de fraîcheur et de beauté dans la relation avec l’autre. Si l’on fait cela avant qu’il y ait des difficultés, alors c’est assez facile, et c’est plutôt agréable. Si l’on attend par contre d’avoir des difficultés dans la relation, on va se rendre compte qu’il est plus difficile d’approcher l’autre dans ce premier aspect de la pratique du Renouveau.

‘Arroser les fleurs’ de l’autre personne consiste à reconnaître et exprimer les qualités que l’on reconnaît chez lui, chez elle, dans ce qu’il ou elle est : une façon de parler, de se déplacer, de faire certaines choses qui apportent du bonheur dans la maison, qui fait du bien dans la relation : « Lorsque tu me regardes ; lorsque tu m’ouvres la porte ; lorsque tu prépares un repas pour moi ; lorsque tu as pris soin de nettoyer mes vêtements, peut-être ; lorsque tu me demandes toujours si je suis disponible pour t’écouter avant de faire irruption dans le bureau ; lorsque tu me demandes conseil ; lorsque tu m’apportes ton aide pour ceci ou cela » ; etc. Cette approche de l’arrosage des fleurs, qui consiste à exprimer des qualités que l’on reconnaît chez l’autre personne, demande de prendre du temps pour regarder profondément en l’autre. Si vous vous aventurez à faire cette pratique de façon superflue, vous risquez d’augmenter le conflit, de rendre l’autre personne beaucoup plus agressive, plus mécontente. Il n’est pas question de jouer de façon superficielle dans cette pratique, autrement cela produira un contre-effet. Il s’agit d’être authentique. Bien sûr, ce n’est pas toujours facile, surtout si vous êtes fâché avec l’autre.

A ce moment-là, si vous regardez en vous-même, vous reconnaîtrez peut-être des difficultés à vous aimer, à vous apprécier vous-même. Vous êtes fâché avec vous-même lorsque vous avez dit ou fait quelque chose que vous regrettez, que vous avez, une fois encore, répété la même erreur, et que vous avez du mal à vous pardonner : vous vous êtes encore mis en colère ; vous avez encore crié fort ; vous avez dit des choses désagréables à votre enfant, à votre femme, votre époux ; des paroles qui n’étaient pas très gentilles, et encore une fois, cela vous a échappé ! Vous êtes parti en claquant la porte ; vous êtes parti sans dire où vous alliez ; vous avez pris la voiture. Vous avez même cassé de la vaisselle quand vous vous êtes disputés l’instant d’avant, tellement vous étiez énervé. Il y avait beaucoup de violence en vous !

Je me souviens une fois comme cela. J’étais moine pourtant ; je rendais visite à ma famille. Il y avait ma mère et mon frère dans le garage qui se disputaient pour quelque chose. Quand c’est sa propre famille, on a beaucoup plus de mal à garder son calme. Je ne sais pas pourquoi, j’étais très sensible à ce moment-là. Ça me semblait tellement absurde de se disputer pour des choses ridicules. J’étais là au milieu d’eux ; je n’arrivais pas à leur faire entendre raison. Je tenais un verre dans ma main, et il a fallu que je lâche le verre comme pour faire entendre une cloche de peine conscience pour leur dire d’arrêter, cela suffit ! C’était plus fort que moi. Cela a marché ! Le verre qui se casse a agi comme une ‘cloche de pleine conscience’ ; il les a arrêté, et ils ont pu se rendre compte de la violence que cela créait pour moi, de l’inconfort, du malaise dans lequel j’étais de les voir se disputer comme cela. Et j’ai pu parler un peu, leur dire : « Mais enfin, la vie est précieuse, chaque instant est précieux. Pourquoi vous vous disputez pour des choses si ridicules, si insignifiantes ? » Mais on peut faire mieux que Frère Fabkhi qui casse des verres pour réveiller les autres autour de soi !

La pratique de l’arrêt est importante pour prendre le temps de voir ce que j’apprécie chez l’autre malgré les difficultés, malgré les paroles et malgré les actions qui sont libérées un peu rapidement et qui font du mal. Bien sûr, j’ai des perceptions négatives envers l’autre personne ; il ou elle n’est pas exactement comme je voudrais qu’il ou elle soit. Dans son attitude, il y a des choses qui me gênent ; j’essaie de les corriger mais il ou elle ne change pas.


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mercredi 19 octobre 2016

Thayé Dorjé, Sa Sainteté le 17e Gyalwa Karmapa, partage le message suivant à la veille de l’anniversaire de Mahatma Gandhi

Résultat de recherche d'images pour "Thayé Dorjé, Sa Sainteté le 17e Gyalwa Karmapa"" La non-violence, la paix et la compassion sont toutes différentes expressions de l’excellence et de ce que nous souhaitons tous accomplir.
Il s’avère cependant difficile de définir ce que ces expressions ou ces qualités sont véritablement. Si nous les considérons d’un point de vue matérialiste, elles deviennent presque inatteignables.

Grâce à notre conscience, grâce à nos qualités intérieures, nous souhaitons bien sûr incarner la non-violence, nous voulons la paix, nous voulons parachever la compassion. La raison pour laquelle il est difficile de les définir peut être due aux émotions affligeantes, la causalité défavorable qui pousse la recherche de cette excellence dans une direction trop extrême.

À cause de cela, nous perdons de vue le fait que cette excellence est incroyablement simple. Et c’est seulement avec patience, avec une grande patience, une grande attention aux autres, un grand respect pour les autres, que nous sommes capables de nourrir cette simplicité.

Rappelons-nous les grands Hommes qui manifestaient cette excellence et qui ont marqué notre vie et notre époque. C’est ainsi qu’en ce jour, nous nous souvenons de Mahatma Gandhi, de cet extraordinaire exemple de simplicité, de son approche pour vivre sa vie et guider les autres sur le chemin de la non-violence.

Quelles que soient notre culture, notre religion ou notre société, la patience reste la patience, l’attention est l’attention – elles surpassent toutes les barrières culturelles, sociétales ou religieuses.

Nous pouvons apprendre de Gandhi-ji comment avoir de la patience, du courage et vivre dans le moment présent. Nous pouvons apprendre de lui comment prendre de grandes responsabilités sur nos épaules et, en même temps, accepter la fragilité de la vie, parce qu’à la fin, nous devons quitter tout ce que nous avons accompli. Et malgré cela, il nous faut être patients pour ne pas être accablés.
 
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